POUR LES BOERS
Il était SOUS rornière où grinçaient les essieux, Sous la gerbe que l'aube avait seule dorée, Dans le goulîre inconnu, dans Fombre inexplorée Et jusque dans la fosse où dormaient les aïeux.
F/or disait : « Cueillez-moi, vous qui vivez une heure,
« Comme si vous voliez un astre au firmament.
« Vous aurez, grâce à moi, Tivresse du moment,
'< Puisque la vioestbrève et puisqu'il faut qu'on meure! »
Et voici qu'ayant pris un monstrueux essor Au delà du rivage et des rocs blancs d'écume, La voix s'en est allée en un pays de brume Où la face de l'homme a la couleur de l'or.
Alors les étrangers sont venus par la grève, Par les monts, par les bois, au travers du hallier, Comme si chacun d'eux eût voulu se tailler Sa part de jouissance à la pointe du glaive.
La chaumière a croulé sous ses vieux toits penchants, Les poings se sont crispés sur les lames brandies, Pendant qu'à l'horizon les rouges incendies Se rallumaient, pareils à des soleils couchants.
On a fauché les murs, on a forcé les portes; Sur les hameaux détruits on a semé du sel ; Les vieillards ont pleuré, levant les bras au ciel, Et les enfants sont morts et les mères sont mortes.
Mais lu luttes encore et d'un bras mal armé, O peuple de héros, race pure et sans crainte. Parce que le droit vit et que la guerre est sainte. Quand un peuple défend le blé qu'il a semé!
Avant de favoir vu te ruer sur l'épée, Qui donc eût osé dire aiyc tragiques guerriers Que le lis innocent est l'ami des lauriers Et que l'idylle peut enfanter l'épopée ?
Qu'importe qu'Albion se confie au bon vent Qui souffle dans ses mâts et fait chanter les voiles ! Ce serait un affront de la terre aux étoiles. Si tu disparaissais comme un sable mouvant.
Ce serait un effroi dans la nature entière. Si l'orage emportait, avec tes fiers drapeaux, Les toits où tes pasteurs abritent leurs troupeaux,. La pierre de l'autel où tu dis ta prière.
On a beau jusqu'au cœur, hélas ! favoir saigné : Toute l'humanité revit dans une larme ; Et si les étrangers brisent ta dernière arme. Tu les lapideras avec l'or dédaigné!
Février 1902.
KRUGER
Le kaiser, étalant sa pourpre souveraine,
A dit au Vieux : « Va-t-en ! que viens-tu faire ici ? »
Le Vieux s'en est allé vers la petite reine :
'< Je suis las, belle enfant, et j'ai peine et souci,
« Pour chasser l'étranger, l'étranger blond qui rêve D'attacher l'univers aux mats de ses vaisseaux, Nous avons fait en vain escorter par le glaive Les drapeaux envolés comme de grands oiseaux.
L'horrible guerre n'a rien épargné, pas même Les enfants souriants et purs de nos péchés ; L'homme expire en hurlant sur la moisson qu'il sème, Et nous voici pareils aux blés qu'on a fauchés. »
Le vent pleurait, les cœurs battaient comme des ailes, Pendant que le bon Vieux parlait, terrible et doux. Et lors la reine a dit en joignant ses mains frêles: « Assieds-toi, fume, bois, grand-père, e4 bénis-nous ! »
xxir A L'ITALIE
O fièresœur latine, adorable Italie, Me voici tout pensif, baisant avec des pleurs La chaîne impérissable et douce qui nous lie, Faite avec du soleil, de la gloire et des fleurs!
Les pâleurs de ton front, quand Torage le plie, S'étendent sur nos fronts en subites pâleurs ; L'aube aurait peur de naître et ce serait folie, Si nos mains te tendaient la coupe des douleurs.
L'art est divin, l'amour est plus fort que la haine.
Le lait mystérieux de la louve romaine
A ruisselé sur nous comme un flot baptismal ;
Et le même vent berce aux bras de TÉpopée Votre Garibaldi, poète de TÉpée, Notre Victor Hugo, soldat de l'Idéal.
Embrun, 8 septembre 190;