‹ Les roses du laurierChapitre 15 sur 114 · A EMILE ZOLA · texte numérisé non relu

A EMILE ZOLA

Ne faura refusé sa voix;

L'hirondelle, si tu nous parles,

Ira conler aux filles d'Arles

Que les nids chantaient dans les bois.

J'ai peut-être en mon odelette Erré dans le bleu trop souvent.

Que veux-tu? le chant du poète Est comme une aile sous le vent.

Mais nous aurons devant les marbres.

Dans le soleil et dans les arbres, Gazouillé comme des oiseaux; Et, légers de sourcis moroses.

Nous pourrons emporter des roses, Puisque nous reviendrons de Sceaux.

[S juin 1893.

A BENOIT MALON

[Pour ses obsèques au Père-Lachaise)

Doux combattant, penseur insigne, Te voilà couché dans la mort, Blanc comme les ailes d'un cygne, Silencieux comme le sort î Mais tu vis : la Camarde blême.

Te criant le mot du problème.

Te vouant aux vers du tombeau, T'a laissé vivant et robuste, Dans l'immortalité du juste Qui n'est que le reflet du beau î

Rien ne demeure, tout s'écroule ; L'exemple seul dit : Je vivrai !

On ressuscite dans la foule.

Quand on n'a servi que le vrai.

La fin des maux, l'oubli des haines.

Les bons grains semés à mains pleines,

A BENOIT MALON

L'espoir de l'aube et du réveil, Voilà ce qui survit à riiomme, Quand les droits se sont levés comme Les épis mûrs sous le soleil !

Tu n'étais qu'un tout petit pâtre,

Vêtu d'ombre et de pauvreté,

Quand tu sentis dans ton cœur battre

Tout le cœur de l'humanité.

Le mal ouvrait partout sa serre ;

La terre saignait, ô misère!

Sous l'orgueil brutal des drapeaux :

Toi, tu rêvais déjà peut-être

D'arracher aux griffes du maître

La laine de tous les troupeaux !

Tu rêvais l'homme heureux et libre, Le devoir fièrement compris, L'œuvre des bras, en équilibre Avec le travail des esprits.

Le grand chêne égal au brin d'herbe.

Le droit à la commune gerbe.

Aux mêmes fruits d'or des vergers.

O Jeanne d'Arc ! ô Geneviève !

C'est toujours quelque noble rêve Qui hante l'âme des bergers.

La chimère te prit en croupe, T'ayant jugé vaillant et fort ; Tu tendis ta lèvre à la coupe, Tu bus la science à plein bord.

Mais avant d'annoncer au monde Tes saints labeurs, ta foi profonde Et la revanche des haillons, Tu poursuivis la strophe ailée Qui voltigeait parla vallée, Du côté des bleus papillons.

Les champs sont pleins d'apothéoses.

Même quand les dieux sont partis :

Il faut avoir aimé les roses Pour bien défendre les petits.

Toujours ridée après le songe!

Le vrai n'est qu'un brillant mensonge Avant l'éclosion du fait :

Quand, sur la colline penchante.

Tu cueillais la rime qui chante, C'était Fourier qui triomphait.

Grâce à toi, la foule a pu lire Le mot rayonnant et sacré.

Tout ce qu'un sublime délire Dictait au penseur inspiré.

Le veau d'or effaré chancelle :

C'est la justice universelle Qui monte avec le flot humain.

Le génie, effrayant d'audace, A semé l'aube dans l'espace :

Elle se lèvera demain I

Tu ne la verras point. Qu'importe?

Nous lutterons, c'est notre tour.

A BENOIT MALON

Si l'orage bat notre porte, Le drapeau Hotte sur la tour.

L'heure de la plèbe est venue :

Dans les profondeurs de la nue, Par delà les soleils coucliants.

J'entends sur un monde en ruine Gronder la plainte de l'usine, Monter la révolte des champs.

En marche ! tous tant que nous sommes !

Debout! La semence a germé.

Le joug pèse sur tous les hommes.

Tant qu'un seul homme est opprimé.

Plus de paria! Plus d'entrave !

Le salarié, c'est l'esclave :

Nous briserons les derniers fers.

L'éternel Adam, qui proteste.

Reconstruira l'Eden céleste

Avec les maux qu'il a soufferts.

Et, lorsque l'œuvre sera faite

Contre la nuit et le passé,

Nous t'apporterons, doux prophète.

Tout l'idéal réalisé :

La terre féconde et bénie,

Le devoir, la paix, l'harmonie,

Les ramiers sauvés du vautour,

La mort du crime et de la haine,

Une seule famille humaine

Dans le travail et dans l'amour!

Seplemhre 1893.

A LÉON CLÀDEL

{Pour linaufjuration de son buste à Montauban]

Puisque ce piédestal superbe Vient, sous nos regards éblouis, De pousser avec les brins d'herbe Dans la terre de ton pays ; Puisque c'est la gloire fidèle Qui clôt tes yeux d'un baiser d'aile, Dans l'orgueil du bronze immortel, Je te salue, ô prolétaire, Au nom des damnés de la terre Et des petits oiseaux du ciel !

Qui donc, en sculptant ses pensées.

S'est montré plus que toi pieux Au sol blanc de pierres dressées, Où s'endormirent ses aïeux?

Quel artiste à l'àme incomprise A-t-il mieux que toi, quand la bise

Page 1