‹ Les roses du laurierChapitre 19 sur 114 · A CLEMENCE ROYER · texte numérisé non relu

A CLEMENCE ROYER

Vous assistiez, pâle et ravie,

A Téclosion de la vie

Sur la planète et dans le ciel,

Quand les forces désordonnées

Se cherchaient des milliers d'années

Pour le baiser universel.

Vous évoquiez lilomme farouche, Lorsque la chanson des rameaux N'avait point encore à sa bouche Appris la musique des mots, Quand, pris de peur et tout en larmes, Il se taillait de vaines armes Dans les vils cailloux du chemin.

Et que l'âme, fleur cérébrale, Flottait, encore toute pâle.

Dans son crâne d'enfant humain.

Les Bibles vous criaient : « Qu'importe « Qu'on sape les dieux et les rois?

« L'antique Légende est plus forte « Que la Science aux yeux étroits !

« Le Seigneur a puni le crime :

« Adam roulera dans l'abîme a Comme un oiseau toujours blessé.

« Tremblez devant Dieu qui se venge !

« Le glaive étoile de l'archange « Ne s'est point encore abaissé. »

Stupide et lâche réprimande î Femme, vous avez libéré

Du bagne affreux de la Légende L'ancien Adam dégénéré.

A lui la palme et la couronne !

C'est en vain que la foudre tonne Aux mains du blême Jéhovah !

L'homme, ouvrier, savant, poète, Ne sort point, en baissant la tête.

De l'Kden céleste : il y va I

Il y va, maîtrisant la force, Déchirant les voiles, montant Comme la sève sous Fécorce Vers le bleu sommet qui l'attend, Beau d'orgueil, superbe d'audace.

Etonnant le gouffre et l'espace De son geste prodigieux, Affirmant, sublime ironie!

La faillite de son génie Par le détrônement des dieux!

Encore deux ou trois coups d'aile!

Le vieil Adam, transfiguré,

Ira dans la nue éternelle

Lutter avec l'aigle effaré.

Le vent chantera dans les chênes.

Plus de peuples traînant leurs chjiînesî

Plus de vil préjugé rampant !

La terre à jamais relleurie !

Et vous aurez, mieux que Marie,

Broyé la tête du Serpent.

Mars 189"

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