‹ Les roses du laurierChapitre 20 sur 114 · A CHARLET · texte numérisé non relu

A CHARLET

{Pour Vlmiwjnration de son monument à Paris)

Te voilà donc, Maître superbe, Dans le triomphe mérité, Avec des fleurs et des brins d'herbe Autour de ton granit sculpté !

Le Beau seul rayonne et demeure ; L'artiste grandit d'heure en heure, Quand son labeur fut noble et pur.

C'est la France qui te couronne :

Le coq tend sa crête et claironne Au-dessus de toi, dans l'azur !

Mais si toute âme fière envie Ton beau laurier si bien conquis, Quelles ténèbres sur ta vie, Avant le jour où tu vainquis !

Tu connus l'angoisse du doute, L'effort inutile, la route

Périlleuse à qui marche droit, La mansarde ouverte à la bise, Où le fusain s'immobilise Sous les doigts qu'a raidis le froid.

O férocités routinières !

Les amateurs, joyeux bourreaux,

Te lapidaient avec les pierres

Où tu crayonnais tes héros !

Les marchands hautains et moroses,

Qui s'achètent des champs de roses

Avec nos rêves monnayés,

Alignaient quelques vaines piastres

Sur tes dessins que l'or des astres

N'eût pas suffisamment payés !

La misère, louve éternelle.

Farouche complice des lois, Te tendait sa maigre mamelle Au seuil des palais et des bois ; Car elle est, dans la nuit humaine, La sœur de la louve romaine Aux lianes de bronze, à lœil de feu ; Et, l'àme haute et révoltée, Ce n'est qu'après l'avoir tétée Qu'on se dresse génie ou Dieu!

Qu'importe à présent que le gouffre T'ait battu de ses flots hurleurs ?

Le ciel pleure, la terre souffre.

Quand avril enfante les fleurs.

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