A CHARLET
La Bêtise, jamais domptée, T'enchaînait comme Promélliée Devant le grand ciel étoile :
Des voix ont chanté dans la nue ; L'Océanide est revenue, Et le martyr est consolé î
Lumière et gloire ! plus de chaîne !
Dans un temps bourgeois et guerrier, Où le cyprès de Sainte-Hélène Avait la splendeur d'un laurier, Pendant que la liberté sainte Agonisait, la face ceinte D'un tremblant et dernier rayon, Tu fus, en ton œuvre qui dure.
Le Paul-Louis de la figure Et le Déranger du crayon.
Tu fis, à travers les mêlées, Sous les drapeaux troués cent fois, Escorter les strophes ailées De Téclat du rire gaulois.
O légions ! groupe homérique !
Tes soldats de la République, Sans pain, la tunique en lambeaux.
Jamais las de forcer les villes.
Souffletaient les trahisons viles Avec le plat de leurs sabots.
Grâce à ta verve familière, Echo vivant du boulevard,
La I^Vance eut pour conscrit Molière Et Rabelais pour vieux grognard.
Quand les spectres de nos armées Caracolaient dans les fumées Au fronton du siècle naissant, Les joyeux grenadiers épiques Ecartaient devant toi les piques Et te saluaient en passant.
Regarde : ils accourent encore î Ecoute : ils ont déjà fêté Le rayon de gloire qui dore Ton front ceint d'immortalité !
La Tour-d'Auvergne les commande ; La Patrie autour d'eux est grande Comme le Verbe universel ; Et, pendant que le drapeau vole.
C'est le petit tambour d'Arcole Qui bat la charge dans le ciel !
Mai 189'