‹ Les roses du laurierChapitre 22 sur 114 · BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

BAUDELAIRE

Ce poète a des soins d'amant pour la Douleur : Même en se lamentant comme un flot sur la grève, Il la revêt des plis du rythme ensorceleur, Dans le balancement magnétique du rêve.

Il suspend une perle, il attache une fleur

A ses tétons pourris où Tabcès honteux crève.

Harpagon de son mal, obstiné receleur

De sa peine, il se plaît au tourment qui l'achève.

Quand il a bien drapé dans Toripeau des vers Le cou ridé, les bras anguleux, les flancs verts De la gueuse qui lui dévore la cervelle.

Il la suit, fasciné, le geste et les pas lourds ;

Et baisant gravement sa robe de velours.

Il lui dit : — Ah ! mon Dieu ! que votre Altesse est belle !

îi ROSES DU LAURIER

H PIERIŒ DLPONT

II fut le bel amant songeur de la Nature ; L'orgue immense des pins accompagnait sa voix ; Les brises qui passaient lui coulaient Taventure Des oiseaux dans le ciel, des foyers sous les toits.

Les lutins souriaient, là-haut, dans Taube pure, Quand il disait les monts, les sources et les bois ; Pan s'approchait de lui, doucement, à mesure Que les vagues pipeaux chantaient entre ses doigts.

Son rythme traduisait le frisson des grands chênes, Le vaste bruit que fait la rupture des chaînes, Le gazouillis des nids dans les rameaux épaix ;

Et tandis qu'il allait, magnifiant ses rêves.

L'enclume où les marteaux brisent les derniers glaives

Sonnait autour de lui l'angelus de la paix.

THÉODORE DE lUNMLLE

C'était un blanc vieillard qui vivait sur les cimes, Dans la grande bonté de l'aube, avec les Dieux. Les puissants, constellés du sang rouge des crimes^ Subissaient, en tremblant, son talon radieux.

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