‹ Les roses du laurierChapitre 29 sur 114 · A BAUDIN · texte numérisé non relu

A BAUDIN

Pareil au jour tombant qui luit entre les arches, Le Panthéon brillait, comme à demi penché : J'ai lentement gravi la colline et les marches. J'ai pénétré dans l'ombre où le Père est couché.

Or j'ai dit à celui dont la lèvre s'est tue :

« Est-ce à moi d'étoiler de larmes ce linceul?

« Est-ce à moi de chanter cette noble statue,

« Quand elle a mérité que vous la chantiez seul? »

Comme une eau qui, filtrant aux racines d'un arbre, Répand son bruit voilé dans l'herbe et les cailloux, Une voix a gémi dans la blancheur du marbre ; Et j'ai, comme un enfant, tremblé sur mes genoux,

La douce voix ma dit, m'effleurant comme une aile: « Arrêtc-t-on le vent qui court dans les rameaux ? '« La Lyre chante bien, la strophe est toujours belle, « Quand le sang d'un martyr a coulé sur les mots,

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a Lève-loi, dis au peuple en des vers d'épopée, « Lancés comme une flèche au parjure interdit, « Que l'acier du serment vaut celui de l'épée, 4( Qu'à fausser l'un ou l'autre on devient un bandit !

(' Dis-lui qu'en d'autres jours, au nom des lois sévères,

« Quand les tigres étaient les maîtres des lions,

« Nous avons accepté la montée aux calvaires,

i< Parce qu'il le fallait et que nous le voulions !

<« Pendant que les servants de la ruse et du crime « Ramassaient dans le sang quelque vain oripeau, « Celui dont vous fêtez le suaire sublime « Tombait, les bras ouverts, dans l'ampleur du drapeau.

« C'est pourquoi le penseur et le barde superbe « Doivent une couronne à ce mort immortel : a Si tu n'as que des. fleurs à lui nouer en gerbe, » Je lui moissonnerai des astres dans le ciel. »

J'étais tout frémissant quand la voix s'est éteinte. C'était l'heure sacrée où l'aube resplendit ; Et je suis revenu par la colline sainte, Et j'apporte à Baudin ce que le Père a dit.

Décembre 1901.

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