‹ Les roses du laurierChapitre 32 sur 114 · A BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

A BAUDELAIRE

Strophes dites au théâtre Sarah-Bernhardt, daiu la matinée pour le monument}

Chantre effaré de la nuit noire, Sombre mort à jamais vivant, Est-ce à moi de fêter ta gloire Avec ma strophe éparse au vent?

Est-ce à moi de dire ton rêve Où comme à la pointe d'un glaive Toute la douleur a saigné, A moi dont le rapide verbe Est toujours comme les brins d'herbe D'un peu de lumière baigné?

Né de la terre et pour la terre, Je n'ai point heurté comme toi Aux portes closes du mystère Avec mes poings crispés d'effroi.

Et pourtant je t'aime et j'admire L'ombre qui descend sur ta lyre,

Dans le silence des tombeaux, Comme si les vastes ténèbres Où battent tes ailes funèbres Luisaient ainsi que des llambeaux !

Pourquoi ? Cest parce que l'Idée Perce la nuit, s'évade et sort, Même quand on l'a fécondée Avec là souffrance et la mort! ^ G'est parce que l'œuvre demeure, ^Si^rtoiU.quand il sanglote et pleure A quelque'*soupirail d'enfer !-'*>^ C'est parce que la perle est belle, Même quand le ilôt a sur elle Bercé les fanges de la mer !

J'ai parfois rêvé que des roses, Gloire des sillons éclatants, Etaient le même jour écloses Au seuil mystérieux des temps ; Et l'une d'elles, tiède encore De baiser des vents dans l'aurore, Etait faite, ô dérision!

Avec le poison qui ruisselle Dans la géhenne universelle.

Aux flancs de la création.

Les poètes surgirent, pâles,

Les regards d'extase enivrés,

Devant les roses virginales

Qui s'offraient à leurs doigts sacrés.

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