‹ Les roses du laurierChapitre 34 sur 114 · A J.-B. CLÉMENT · texte numérisé non relu

A J.-B. CLÉMENT

{Pour SCS obsèques au Père-Lachaise)

Ne crains pas de moi, bon rêveur, mon frère, Un de ces adieux longtemps préparés, Où rOde, en baignant son front de lumière, Fait claquer au vent les rythmes sacrés.

Je veux simplement et doucement dire A ton pauvre corps couché dans les fleurs L'adieu qui sanglote avec un sourire, L'adieu qui sourit en versant des pleurs.

L'ombre où tu descends te sera moins noire ; L'aube argentera ton lit de gazon.

Et ce sera comme un rêve de gloire Que j'aurais écrit en vers de chanson.

Or, ce sera bien ton rêve et le nôtre, En ce jour exquis, rose et printanier; Car si tu fus grand et beau comme apôtre, Tu fus doux et bon comme chansonnier.

Tu rêvais le bien, la vertu civique, L'art épanoui, les liommcs égaux, E[ qu'on bataillât pour la République Avec (les lilas au bout des flingots.

Tu rêvais la paix, les peuples en fêle, Les glaives brisés, le réveil des droits, Et qu'on prît aussi la faille à Lisette, Quand on avait pris leurs sceptres aux rois.

Tu rêvais l'amour, le baiser qui vole, L'olTre delà vie aux cœurs ingénus, Le bonheur à tous, et la Carmagnole Dansée autrement qu'avec des pieds nus.

La prison laissait ta jeune pensée Libre de railler ses pâles bourreaux, Pourvu qu'une Heur, tiède de rosée, Elit le temps d'éclore entre les barreaux.

Tu ne sentais plus le poids de la chaîne Aux bras de ton rêve innocent et fou.

Pourvu qu'en pleurant une plél-»éienne Glissât dans tes doigts un bouquet d'un sou,

L'exil et sa nuit aux funèbres voiles Assiégeaient en vain ton noble cerveau, Tant que tu pouvais entre les étoiles Voir celle qui vient vers l'Adam nouveau.

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