‹ Les roses du laurierChapitre 42 sur 114 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

Avalanche d'esprits, vaste tempête d'àmes, Où la gloire apparaît en un torrent de flammes Comme un dieu qui descend !

Et voilà qu'à présent sous votre main de fée La jeune beauté rit, gentiment attifée

De pimpants falbalas.

Le lis épanouit sa tremblante corolle, La fauvette gazouille et le ramier s'envole

Aux touffes des lilas.

Vous surprenez au bain les nymphes toutes nues, Pendant que le soleil, incendiant les nues,

Dore le bois profond ; Et vous nous révélez, tapie au creux des aunes, Tout ce qu'elles ont dit à voix basse aux vieux faunes.

Tout ce qu'elles leur font.

Vénus est avec vous tendrement familière; Les petits Cupidons, la flèche en bandoulière,

Disent quand vous passez :

(( — C'est celle qui nous aime et nous recoud des ailes ! » Et, pour vous inspirer, les aimés et les belles

Se tiennent enlacés.

Allez, continuez, attendrissez le marbre ! S'il n'avait pas en lui le jet des sèves, l'arbre

Porterait-il ses fruits ?

Sans l'atome de feu caché dans l'étincelle. Qui donc eût fait chasser par Taube universelle

L'ombre épaisse des nuits ?

Et qu'auriez-vous été dans la mêlée énorme ? Quand Paris eût-il vu Teffluve de la forme

A vos doigts ruisseler, Si vous n'aviez couvé dans votre âme naïve L'impalpable contour, la ligne fugitive,

Tout prêts à s'envoler?

Quand vous étiez enfant, déjà le faune alerte Répétait votre nom à la clairière verte,

Pendant des jours entiers ; Les oiseaux vous chantaient, blottis dans le feuillage ; Les nymphes en riant vous guettaient au passage

Dans les petits sentiers.

Les zéphirs chuchotaient derrière votre épaule ; Le satyre, écartant les fins rameaux du saule.

Vous faisait les yeux doux ; Et dans Tor du couchant, le long du bois sonore. Les beaux amours joufflus, pas visibles encore,

Vous grimpaient aux genoux.

Maintenant, devant vous et selon votre rêve,

Ils s'en vont, moissonnant d'heure en heure et sans trêve

Les lauriers espérés ; Et quand ils ont le soir bien empli leur corbeille. Ils nous disent à nous, et tout bas à l'oreille :

« — Vous les lui donnerez ! »

Monlreuil-sous-BoiSy 1" août 1886.

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