LES BAUX
Pour mon ami Joseph Hllaire.
J'ai vu les Baux : j'ai vu sur la roche escarpée Des fantômes de murs et des spectres de tours, Pendant que le mistral chantait sa mélopée Dans la vaste vallée, au ras des taillis sourds.
Le sapin glorieux, planté comme une épée, Semble garder le mont de l'assaut des vautours : Alerte, compagnons à la huque fripée !
Debout, gentils varlets en toque de velours !
La terre sous les pas sonne comme une armure ;
Le lierre touffu monte avec la grappe mûre
Aux fentes des créneaux, dans le couchant vermeil ;
Les vieux toits crevassés luisent comme des casques ; Et c'est non loin de là qu'autrefois les tarasques Dormaient, la gueule ouverte et le ventre au soleil.
LA PETITE MÈIIE
Elle pourrait, très occupée
D'un chiffon bleu, rose ou vermeil,
Jouer encore à la poupée.
Dans les jardins pleins de soleil.
C'est son bébé, ce petit homme !
Ce n'est point un rêve qu'elle a î Elle l'embrasse, elle le nomme D'un nom qui gazouille : il est là !
Elle le berce, elle le presse Tout contre son sein triomphant, Avec l'exquise maladresse D'un enfant qui berce un enfant.
Comme pour faire une prière, Du bout des doigts, autour du front.
Elle arrange en lleurs de lumière Les rubans blancs du bonnet rond.