DE FÉLICIEN CHAMPSAUR
Oh! la rose d'abord, puis encore la rose ! Son prestige est si doux qu'on voudrait en passant Coller toute sa bouche à cette bouche, éclose Dans on ne sait quoi de céleste qui descend.
L'aube s'emperle et luit dans le flot qui larrose. Avant les papillons et le soleil naissant, Le rythme bat de l'aile et la strophe se pose Sur ses lèvres de pourpre au sourire innocent.
Elle dure si peu, malgré l'essor des sèves, Qu'elle semble porter le néant de nos rêves Sur sa tige orgueilleuse et prompte à se briser.
La mort plane déjà dans le vent qui la sème; Mais la vierge la cueille et le poète l'aime, Parce qu'elle est la Fleur où saigne le baiser.
Ménerbes. 12 spptembre 1899.