‹ Les roses du laurierChapitre 98 sur 114 · TOAST A L IRLANDE · texte numérisé non relu

TOAST A L IRLANDE

Croit-on qu'un peuple expire et qu'une race meure, Parce qu'on a vendu leur tunique en lambeaux ? Les jours s'en vont, le droit demeure : Je bois à l'Irlande qui pleure, Assise au seuil blanc des tombeaux !

Elle lève la tète, elle arme ses mains, lasses De manier la faux inutile en son poing, Lorsque les O'Connell, ces rois des populaces, Evoquent à ses yeux les viriles audaces, La liberté, l'honneur, tout ce qui ne meurt point. Faites-vous escorter par vos joueurs de flûte, Landlords qui prodiguez la misère et l'affront!

Votre orgueil sera votre chute :

Je bois à l'Irlande qui lutte,

Avec des épines au front!

()\\l si l'affreux néant est le mot de la tombe. Que notre doute au moins lui reste fraternel ! Ne lui disons jamais que le rêve ailé tombe E^ qu'on ne verra plus la divine colombe Rapporter le rameau baigné d'aube et de ciel. La foi sourit encore, innocente et fleurie, Sur le sol où Patrick versa les saints trésors.

Sois pieuse, ô ma rêverie !

Je bois à l'Irlande qui prie :

La prière est le pain des forts'

Elle eut son jour d'espoir, quand la France, ma mère, Chassant les rois, domptant le mal, brisant les fers, Lui donna ses enfants épris d'une chimère.

Le destin nous trahit, la mer fat plus amère Que les pleurs répandus et que les maux soufferts. Mais le bronze lléchit avant d'être statue, Et qui se souviendra des mauvais jours vécus ? La vie est avec ceux qu'on tue :

Je bois à l'Irlande, battue Le jour où nous fûmes vaincus !

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