‹ Les rosesChapitre 8 sur 105 · C'est l’Anastatica hierochuntica des botanistes · texte numérisé non relu

C'est l’Anastatica hierochuntica des botanistes

Portici, parfaitement conservée, représente un esclave couronné de roses ornant de ces fleurs la table du repas. Raphaël, qui connaissait si bien l'antique, s’est inspiré de cette coutume dans son tableau du Banquet des noces de Psyché du palais Farnèse, qui représente les Heures et les Grâces répandant à pleines mains les roses et les parfums sur la table devant laquelle sont rassemblés les dieux et les déesses.

Nous sommes tenté de taxer d'exagération ce que les auteurs anciens nous rapportent du luxe de certaines fêtes données par les Césars.

Dans une de ces fêtes de Néron, sur les bords du lac de Baies, la dépense s’éleva, pour les roses seules, selon Suétone, à quatre millions de sesterces, c’est-à-dire à cinq cent mille francs de notre monnaie! Cléopâtre, dans une fête donnée à Marc-Antoine, fit couvrir de roses le parquet de la salle du festin; un léger treillis recouvrait ces fleurs pour qu’elles pussent offrir une suffisante résistance aux pas des invités. Naples, Capoue, Préneste ont été renommées pour les parfums de roses qui s’y préparaient, et la jeunesse de Rome, amollie par le plaisir, cherchait dans ces odeurs un remède contre l'ivresse. « N'épargnez pas les roses, s’écriait le voluptueux Horace, elles prolongent les plaisirs des festins. » L'empereur Galien, à l’époque du printemps, reposait sous un berceau de roses.

L'hiver ne mettait pas obstacle au commerce des roses. On les faisait venir d’abord de l’Égypte, puis on les cultivait à Rome, où l’on en obtint une telle profusion que Martial put s’écrier : « Pendant l'hiver, on voit partout briller l'éclat des fleurs tressées en guirlandes; partout dans les rues on respire l'odeur du printemps. » |

De vastes cultures de roses se voyaient dans la plaine Leporia, qui s’étendait de la voie consulaire de Pouzzoles et de

Cumes jusqu’à Capoue. Pline nous dit que les roses qui s'y récoltaient fournissaient des parfums inférieurs seulement à ceux de l'Égypte. On estimait surtout les roses de Campanie et celles de Milet, plus tardives que la rose de Pœstum, qui fleurissait deux fois l’an. Ces races ou variétés de roses nous sont inconnues ; c’est en vain que les voyageurs de Jussieu et Landresse ont cherché la rose de Pœstum dans les lieux dont elle a conservé le nom.

Reconnaissons toutefois que pour le peuple de Rome, comme pour celui de Paris, le goût des fleurs n’était pas exempt de quelques inconvénients; alors, comme de nos jours, le passant était exposé à recevoir sur la tête, non une couronne de roses, mais l’arbuste et son pot, chaque fenêtre, à Rome, étant ornée de fleurs.

Martial, parlant avec dédain d'un petit domaine dont on lui avait fait cadeau, disait : « J'ai une plus grande campagne sur ma fenêtre, une feuille de rose non encore épanouie pourrait la ceindre comme une couronne ».—« Contemplez, s’écrie Juvénal, la hauteur immense des maisons, d'où l’on est foudroyé par les débris de vases et de pots de fleurs qui pleuvent des fenêtres. »

Les barbares eflacèrent bientôt sous leurs pas ces luxueuses folies, et les champs de roses qui environnaient les splendides palais des maîtres du monde disparurent avec eux. Les Gaulois, pour montrer l’assurance avec laquelle ils marchaient au combat, ne portaient, dit Ælien, pour tout casque, qu une couronne de fleurs. Au moyen âge on ornait encore de fleurs les tables des festins, et chaque convive était couronné de roses.

Il faut l’avouer : le goût de nos bons aïeux pour les roses ne fut pas toujours aussi délicat, car ils les faisaient entrer dans la composition des sauces et des ragoüts ; on man-

œeait alors, selon Arnaud de Villeneuve, les cerneaux et les oiseaux rôtis à l’eau de roses; aussi, pour satisfaire ce goût, le rosier était-il l’objet d’une culture assez étendue. On rencontre souvent, dans les titres de l’époque, la mention de redevances de boisseaux de roses destinées à cet usage.

Une coutume singulière a longtemps régné au Palais et n’a disparu qu’au xvu° siècle. Lorsqu'un pair de France avait un procès, il était tenu d'offrir des roses aux magistrats et d’en faire répandre dans chaque salle du Palais. Cette cérémonie, qu'on nommait la baïllée de roses, donna souvent lieu à des contestations de préséance. Le 47 juin de l’année 15/41, les ducs de Montpensier et de Nevers eurent une dispute à ce sujet, et le parlement statua que le duc de Montpensier baillerait les roses le premier, en sa double qualité de duc et de pair. Heureux les plaideurs auxquels il n’en coûte que des roses pour terminer un procès! |

Dans ces derniers siècles, la Rose avait une grande réputation comme médicament, et il est curieux de lire dans les traités de l’époque la longue liste des maladies dont elle était le spécifique, depuis l’entorse jusqu'aux palpitations. Du temps des Romains, l’Églantier était réputé guérir de la rage, et c'est de là que lui vint le nom de Cynorrhodon (Rosier des chiens) ou de Rosa canina. Aujourd'hui les pétales de roses ne sont plus employés en médecine que comme léger astringent, mais ils tiennent une large place dans l’art de la parfumerie.

La Rose joue un rôle plus digne d'elle dans la touchante cérémonie du couronnement de la rosière, fête instituée par saint Médard, évêque de Noyon, en 457. Pour perpétuer cette fondation il attribua, sur son fief de Salency, une redevance annuelle de 25 livres, qui devait suffire pour doter la rosière et faire face aux frais de la cérémonie. En 1640, le roi Louis XIII,

se trouvant au château de La Varenne, fut sollicité d'assister à la cérémonie, mais ne pouvant acquiescer à cette demande il envoya son cordon bleu à la rosière par le premier capitaine de ses gardes.

« Offrez, dit-il, ce cordon à celle qui sera couronnée ; il a été assez longtemps le prix de la faveur ; qu'il devienne aujourd'hui le prix de la vertu ».

Chaque année, depuis cette époque, la rosière de Salency est décorée du royal cordon.

La reine Marie d'Angleterre, femme de Louis XII, fonda l'institution des rosières à Pantin, près Paris, et cette coutume s'établit, vers 1775, dans plusieurs autres villages des environs et s’est continuée depuis. À son début, on lui donnait le nom de Rose nommée. Rappelons encore que lorsque la jeune reine Marie-Antoinette fit son entrée en France, la ville de Nancy lui fit une réception splendide : le lit où elle se reposa était couvert de pétales de roses. Que d’épines cachées sous cette parure de fleurs !

Citons enfin la Rose d’or, coutume instituée par le pontife Grégoire IT, vers 730. Cette rose était envoyée aux rois et aux reines qui s'étaient distingués par leurs vertus et leur zèle pour la foi. Ajoutons pourtant que dans la liste de ceux qui furent jugés dignes de cet honneur, on s'étonne de trouver les noms de César Borgia (1500), d'Henri VIII d'Angleterre et de Catherine de Médicis! D'un autre côté, n’est-ce pas par une sorte d'ironie que la Rose à donné son nom à la guerre civile qui a ensanglanté l’Angleterre, quand les puissantes maisons d’York et de Lancastre se disputaient la couronne ? ‘ La fleur d’églantine

A. Cette guerre est connue dans l’histoire sous le nom de Guerre des deux Roses, l’un des compétiteurs au trône ayant pris pour emblème une rose blanche, l’autre une rose rouge.

figure également dans le tournoi poétique des Jeux Floraux, institué à Toulouse par Clémence Isaure : une rose d'or est le prix du vainqueur.

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