SCÈNE III
RENÉ, seul, allant coller son oreille au mur.
Elle dort, elle n'a pas entendu. Depuis quelque temps cet air de son pays semble la poursuivre partout, comme pour exciter ses regrets.
(Il fouille dans ses papiers et en tire uu manuscrit qu'il relit à dem»> vol\.)
Au pays regretté par Mignon tu naquis,
Et, pareille à Mignon, tu regrettes et pleures,
Sous le ciel étranger, le ciel de ton pays.
Rien ne peut te distraire, et tu passes les heures A regarder mourir un arbuste apporté Du sol où l'oranger fleurit toute l'année.
Dans le terrain d'exil, avec toi transplanté, Vois, son feuillage est pâle et sa fleur est fanée. Tu n'as plus de sourire, il n'a plus de pai'fums.
Pour que l'arbre renaisse et de nouveau fournisse Sa moisson odorante à tes beaux cheveux bruns, Pour que l'ennui s'efface à ton front pur qu'il plisse,
Il vous faut à tous deux le soleil du pays, Piegretté par Mignon, quand aux cieux elle aspire, Et l'arbre aura des fleurs, et ton front le sourire Qu'un peintre au nom d'archange a tant cherché jadis.
Pauvre fille! il n'y a que moi qui ai deviné
son mal ! (S'apercevant que la lampe commence à s'e'teindre, il se
lève et remet de l'huUe.) Allous, brûle eucore, modeste clarté des veillées laborieuses; ce nest
pas pour rien. (Il se remet à travailler, et au bout de quelques instants, il est interrompu par un bruit de pas dans le corridor.)