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servile. Quant aux idées, elle les évite comme du superflu. Elle vise à la force et n'atteint cpie la grossièreté. C'est vainement qu'on chercherait dans ses œuvres des caractères héroïques, des actions de cœur, des emportements de l'âme; elle fuit l'ivresse, et pense rester sobre en ne buvant avec complaisance que de la piquette de barrière. C'est à ces gens-là que Werther aurait raison de dire : « Malheur à ceux qui ne se sont jamais enivrés I » Cette école se' croit fille de Balzac; elle n'est que la filleule de Paul de Kock ; elle a eu son Molière dans M. Henri Monnier, et son Gil Blas dans Jérôme Paiurot. Mais elle ne ressemble pas plus à la poétique de Balzac que M. Bouchardy, qui n'est pas un réaliste, ne resseinble^à Shakspeare. La critique a été indulgente pour le réalisme littéraire. Dans la ^assitude produite par les interminables romans-feuilletons de l'école abâtardie des images, on a su gré à ceux qui se dispensaient du fracas des épisodes et du cliquetis des événements ; mais on s'est aperçu bien vite que ces écoliers présomptueux de Diderot n'avaient pas le secret du maître, et étaient aussi impuissants que ceux qu'ils prétendaient remplacer. 11 nous faut aujourd'hui autre chose que des mots^ et autre chose aussi que
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des faits; il faut le sentimeat» la seule ebose immortelle I
M. Pierre Leroux^ que nous n'aycois pas à Bfiprécier ici c(»iime philosofriiet mais qui a rendu à Tari cootemporaîQ plus d'un service réel, dans un remarquable trayait sur Werther , a f(»'t étoquemiDeikt
évoqué la littérature de Tavettir :
ff Oui, sansdoute, s*écrie-(-il, nous ptesseutous aujourd'hui une autre poésie, une poésie qui n'aboutira pas au suicide ; mais ceui qui la ferout, cette poésie,. B€ reculeront pas sur leurs devanciers; je veux dire qu'ife n'abandonneront pas cette élévation du sentiment et de ridée que Ton voudrait vainem^^t flétrir du nom de to&e exaltation. Ce n'est pas avec des débris de villes idoles, ce n'est pas non plus es aplatissant nos âmes et en vulgarisant nos intefiigenees qu'ils résoudront ee protdème d'une poésie qui, au lieu de nous porter au suicide, nous soutienne dans nos douleurs. Je sais que Tart a tooraé aujourd'hui vers un plat servilisme, vers un ptat matéria£bme, mais j'aime encore mieux Fart doidoi»* reux de Goethe dans Werther et d^Ens Famst^ que cet art qui, pour les jouissances du (Hrésent, trahit toufies les espérsoiees de rhumaoîté et abandomie hont^ise-
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incDt r idéal. Montrez-nous, poëtes, n)ontrez-j[ious des cœurs aussi fiers, aussi indépendants que celui que Goetbe a voulu peindre! Seulement, donnez un but à cette indépendance, et qu'elle devienne aussi de l'héroïsme. Montrez-nous Tamour aussi ardent, aussi pur que Goethe Ta peint dans Werther; mais que cet amour sache qu'il y a un amour plus grand , dont il n'est qu'un reflet. Montrez-nous, en un mot, dans toutes vos peintures, le salut de la destinée in« dividuelle lié à oelui de la destinée universelle. Mais ne tentez pas de rabattre sur cette ardeur de sentiment et sur cette élévation d'intelligence dont vos devanciers vous ont légué des modèles. Avec les Titans de Goethe ou de Byron faites des hommes, mais ne leur enlevez pas pour cela leur noble caractère. »
M. Pierre Leroux a dit le mot essentiel : faisons des hommes! Car pour Fesprit, pour le cœur, pour le temps présent, pour l'avenir, c'est la virilité qui fait défaut. Ne nous complaisons plus dans ces ébauches fantasques de pourfendeurs impossibles ou de larmoyeuTS oisifs. Éveillons l'amour, la foi, l'énergie» pat des peintures assez réelles pour convaincre, assez idéales pour faire rêver. Sans doute, il est bon d'étu«
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dier Thomme moderne, avocat, n^ociant, journaliste, travailleur; mais que ce soit pour démêler dans ses misères, dans ses petitesses, dans ses douleurs, un secret qui rende meilleur. Scrutons les haines vivantes pour découvrir Famour! Mais si vous n'entrez dans une arrière-boutique que pour en flairer Todeur rancG et pour en décrire les meubles; si vous ne vous asseyez au fauteuil de cuir d'un avocat» d'un banquier, d'un journaliste, que pour compter les tableaux de ses murailles et les cartons de ses casiers ; si vous ne voyez dans l'éternel piocheur des campagnes qu'un modèle pittoresque à crayonner ; si le bourgeois de Paris ou de la province n'est qu'un sujet bon pour un dessin de Daumier; qu'on nous ramène au moyen âge, aux pont$4evis, aux épopées absurdes et sublimes! J'aime mieux, en littérature, l'archéologie que le nihilisme. D'ailleurs, pour prévoir et juger l'avenir, il ne faut souvent que regarder en arrière; et qui de nous n'a senti sous la soutane crispée de Claude FroUo des angoisses, des tortures aussi réelles, aussi modernes que dans le frac noir do René ?
Le roman contemporain, tel que nous le voudrions, tel que nous le pressentons, a donc besoin
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de procéder par.une sorte d'éclectisme. L'analyse en est le ressort principal. Il ne s'agit pas d'imiter Balzac, inimitable d'ailleurs, de se traîner sur ses pas , mais de marcher dans la route qu'il a si laborieusement ouverte. Établissant l'équilibre entre les faits et ridée, on ne sacriSera jamais la vérité du senliment à la forme littéraire ; mais on ne se contentera jamais d'un moyen dramatique, s'il n'emporte avec lui des conditions artistiques. Tout est sérieux dans la vie présente ; la littérature doit être sérieuse aussi; et le roman est, de tous les moyens de propagande, le plus universel et le plus durable. 11 suit le spectateur chez lui, dans sa retraite ; on ne s'en débarrasse jamais quand une fois il a su plaire. Lorsque je dis propagande, j'entends moralisation. C'est satisfaire le but de toutes les opinions loyales que de chercher le bien, que de purifier le cœur. Mais il ne faut pas croire que l'enseignement jaillisse uniquement de sentimentalités doucereuses, et qu'une histoire ne soit morale qu'à la condition d'un châtiment final et d'une intervention visible de la Providence. La vue du mal est, dans de certaines conditions, plus féconde» plus morale que le spectacle maladroit d'une vertu insipide. Que l'auteur mette sa conscience dans son
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livre, cela suffit pour restime; radmiratioa n*est que la question de talent, question indépendante des volontés.
Le roman ainsi conçu sera sobre de catastrophes. La vie réelle n*a que des petits cailloux, des petites cliutes; les grands malheurs, comme les grands crimes, j sont des exceptions. Tout le monde saigne par mille piqûres; bien peu de gens ont des plaies béantes. De dimension restreinte, condensant Vidée pour hii garder plus de saveur, réagissant contre les interminables épopées qui ont failli hébéter la génération, le roman nouveau se défiera du dialogue, et lui préférera Vanalyse, le récit , souvent aussi les lettres, a Le dialogue, disons-le hautement , s'écrie Balzac dans un des numéros de la Revue Parisienne^ est la deriùère des formes littéraires, la moins estimée, la plus facile. » En effet, si l'on veut bien se r^odre compte des procédés de la plupart des feuilletonnistes, on verra qu'à l'aide de demandes entre* coupées, de réponses hâtives, d'interjections, de soupirs, de réticences, de tirades répétées tour k loury ils arrivent promptement à construire un dialogue qui court après l'idée et Fabat quelquefois en lui jetant des mots aux jambes ; mais deux lignes d'ana-
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lyse savante en disent plus que ces coups de raquelte qui font danser le volant à droite et à gauche, sans autre but que de gagner du temps et de la place. Que de talents médiocres ont su dialoguer qui ne sauraient pas eiposer un caractère dans une demipage de récit! Contraignez M. Scribe à écrire un roman sans dialogne, et vous verrez à quelles formules arrivera ce puissant analysateur, qui passe ]:)Our un des plus habiles arrangeurs de conversations.
Les romans par correspondance ont pour nous un grand attrait. C'est une forme dédaignée, souvent monotone, toujours difficile; mais c'est la seule forme logique et vraisemblable.. Yous écoutez des confessions, et vous ne tendez plus au rôle toujours périlleux de déchiffreur d'énigmes. Mais nous reconnaissons que ce serait rétrécir étrangement le domaine que de vouloir spécialiser ainsi une forme préférable. Tous les moyens sont bons pour plaire et pour émouvoir, s'ils suivent les règles éternelles du beau et les règles particulières de la langue ; quant aux procédés pour mettre en œuvre chacun des sujets, ils ne relèvent que de l'artiste. Chaque idée a sa forme fatale ; les maladroits ne la trouvent jamais ; les hommes de génie sont infaillibles.
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Ainsi donc, et pour résumer ces dissertations liitéraires, un peu prétentieuses à propos d'un opuscule, l'avenir du roman moderne nous semble assuré dans la roule psychologique tracée par Balzac. Je ne dis pas que ce grand écrivain soit sans défauts, et qu'il faille user comme lui de l'analyse infinitésimale. Comme les novateurs, il a exagéré la révolution pour en soustraire quelques résultats à la réaction ; mais, plus profond, plus amer, plus audacieux, moins artiste, moins calme, moins universel que Waller Scott, il a indiqué, à D6 pas s'y- méprendre, le but du roman moderne. Quand une société cherche ^ se reconstruire, il faut qu'elle s'analyse. J.e roman prend ainsi une tâche providentielle et vise au progrès.
De tous les problèmes, le plus difficile est encore le plus ancien, l'amour I 11 sera donc le thème superbe des variations de nos auteurs. Un pays n'ajamais trop de sentiment! L'excès contraire lui est plus ordinaire et plus fatal. Patrie de Voltaire, attendrie par Rousseau, l'amour est ta mission, comme l'esprit et l'ironie ! Tu n'es puissante qu'à la condition de guérir après avoir blessé ! Ton rire, pour ébranler l'erreur, pour entraîner les peuples, doit être trempé de larmes 1
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Nous avons eu depuis vingt ans le tdbleau des passions les plus excentriques, les plus folles, les plus étranges; mais la passion suprême et absolue, ne Ta-t-on pas méconnue ? De nos jours, dans cette mêlée de financiers effrontés des deux sexes, quand le haut du pavé est aux boursiers, et quand la famille et la propriété, ces deux bases tant de fois évoquées depuis quelques années, sont plus sérieusement, plus profondément menacées par l'influence des femmes de plaisir, courtisanes de tous les degrés, que par les déclamations des utopistes; quand l'bomme d'argent et la femme d'argent écrasent l'homme d'esprit et la femme de cœur, n'est-ce pas le moment d'éveiller l'amour vengeur, l'idéal victorieux , et de culbuter dans le mépris ces prêtres de la matière, ces veaux d'or et ces prêtresses tarifées qui sont les reines de la mode, et qui ont fait déserter les salons pour les tripots? Le roman doit être là Némésis, calme, prudente, mais inflexible, de l'amour T>ur. Nous avons assez de ces hommes et de ces femmes aux cdméLias ! Ces fadeurs nous donnent des nausées; et tout ce talent dépensé pour peindre ces régions malsaines rend plus vives, plus pénétrantes, plus immortelles dans leur saine émanation les fleurs qu'on appelle
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Paul et Virginie, Cette histoire de deux entants et de deux mères paraîtrait bien ridicule et bien niaise à ce public empeste de senteurs, qui ne voit pas que cette légende est le poëme de Tâme et l'enseignement de ceux qui veulent aimer, afin de croire et de devenir forts 1 Ainsi, plus de fantaisie I mais aussi pas de réalisme servile I Tout ce qui est inutile dans les choses de goût est mortellement dangereux. Plus donc de fioritures, sans un thème sérieux qui les soutienne; mats plus de ces esquisses triviales qui s'arrêtent à Tenveloppe, et qui ne mettent qu'un verre de vitre à la lunette d'observation.
En peinture, on sentbienquela vérité absolue n'est pas plus dans M. Ingres que dans M. Delacroix ; elle est dans la synthèse des deux maîtres. Ils ont constitué dans l'art l'antagonisme qui se trouve partout dans les esprits. Quel est le Yeronèse qui combinera ces deux qualités contraires, devenues des défauts par leur absolutisme, et qui mariera l'harmonie des couleurs à la rectitude des lignes, la peinture des idées avec la peinture des images ? Nul ne pourrait le dire. Ëh bieni ce que je cherche, ou ce que devrait cherclier la peinture, c'est ce que nous demandons en littérature. Quant à l'école réaliste, elle nous pa-