‹ Les roués sans le savoir (volume 2)Chapitre 11 sur 53 · PREFACE »III · texte numérisé non relu

PREFACE »III

ralt hors de concours, parce qu'elle est hors de l'art. Écrire comme peint M. Courbet, c'est s'en tenir au style plat, et c'est méconnaître des notions aussi essentielles pour récrivain que Içs règles de l'orthographe.

Nous avons dit ce que nous voulons. Ce roman est* il une preuve à l'appui? Avons-nous fait une œuvre selon nos vœux ? £n toute sincérité, nous ne le croyons pas* Mais nous n'avons pas fait le contraire, et ce résultat négatif est déjà un succès pour la pauvre logique humaine ; fuir une contradiction, c'est un avantage dans ce temps-ci.

Nous avions rêvé une histoire simple et de peu d'acteurs, mettant aux prises l'amour des sens et l'amour idéal. Nous voulions placer entre ces deux courants une nature loyale, agitée de l'inconnu. Bené nous semblait devoir être refait, au profit delà croyance et de l'affirmation. Aujourd'hui, ce mélan* colique insatiable ne doit plus douter, ni s'abîmer

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dans de vagues et douloureuses extases ; il doit affirmer, il doit croire, il doit aimer, il doit opposer uoe illusion incessante aux réalités qui le froissent, n est en route pour l'avenir; ce n'est plus pour lui le mo* ment de la halte, du découragement. Ce symbole de Werther et de René, qui a été la première formule de l'école romantique, doit se modifier profondément. L'activité a remplacé la rêverie, et les héros de nos œuvres littéraires doivent se chercher un but pratique et nous réconforter par l'exemple» nous exciter au travail. Nous voulions montrer une imagination vierge, mais ardente, s'exagérant les candeurs de rame, et s' élevant vers unie immatérialité impossible; puis, peu à peu, arrivant è accepter, dans la mesure équitable, le partage de la vie du rêve avec la matière. Nous pensions que plus d'un lecteur se rappellerait ces premières et saintes folies des chastes tendresses; et à côté de cet enthousiaste nous placions un de ces jeunes amants de la forme, si spirituels et si ridicules, cœurs gâtés par les mœurs de la vie parisienne, excès de la double école de la fantaisie et du réalisme ; nous exagérions les vices de l'un, les élans de l'autre, pour mieux dégager le milieu, qui est la vérité. Afin de développer celte incarnation moderne du mythe de

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Psyché, Dousmettions toutes les gràcesdelafonnedans une jeune tîUe^ très-simple, très-naïve, et derrière cet ange matériel, nous placions la pâle figure d'une martyre de l'amour, d'une sainte Thérèse laïquCi prêtant son âme à cette jeune fille, qui lui prèle sa beauté, et arrivant ainsi à créer le type essentiel, la femme beauté et esprit , seule digne des grandes adorations.

Vàlentin^ notre héros, le chercheur inquiet et croyant, se trompait à cette touchante supercherie, laissait s'enflangimer ses sens à la splendide lumière de son idéal, et au jour de sa désillusion, acceptât la réalité, avec la mâle résignation d'un saint qm se réserve les revanches du ciel. Quant à Suzanne, l'croour sans la forme, l'idée qui ne peut trouver uii corps, elle retournait à sa patrie divine, ne pouvant demeurer et triompher qu'à la condition d'énormités choquantes et d'une double dégradation. Dans ce petit drame, sans événements, accompagné de comparses représentant le devoir, la vie banale, le monde de la province, puis aussi les préjugés du passé tourmentés de l'aspiration du progrès et de l'avenir, nous tenions à appeler le prêtre, le confesseur, le médecin de rame, se débattant au milieu de passions que son

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cœur d'homme l'inviie à diriger, qae sa religion lui ordonne de maudire, de comprimer, de mortifier. U est bon, je crois, que désormais on introdu^e le plus fréquemment possible, dans lesœuYresqui se donnent un but, la personoe du prêtre, ce champion d'une cause qui, mal discutée et mal défendue, fait la confusion et le trouble modernes.

Voilà ridée première, et sans ses appendices, de ce roman que nous avons écrit avec une foi sérieuse. C'est parce que nous ne pensons pas être arrivé, dans l'exécution, à un r^ultat satisfaisant, que nous avons pris la précaution de cette préface. La forme par lettres nous avait semblé exigée par le sujet; nous Tavonà adaptée. Quant au style, aux détails, à la mise en scène, nous attendons toutes les critiques, ne nous croyant inattaquable que sur le seul point de notre ferme bonne volonté.

Publié d'abord dans la Revue de Paris, ce roman a reçu de nouveaux développemaâls, jugés nécessaires. C'est ainsi que nous avons ajouté les lettres de Suzanne à Valentin et leurs réponses. Quelle sera l'opinion du public ? Indulgente comme celle de nos amis, ou sévère comme la nôtre, nous l'attendons avec une curiosité qui n'est pas de l'oi^eil. Qu'on

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discute le style, qu'on blâme l'idée ; qu'on nous refuse les quelques titres de sympathie auxquels nous prétendons; on conviendra nonobstant que nous n'avons point fait un livre de spéculation littéraire, et que ce petit récit, quelle que soit sa valeur, échappe à la nomenclature du roman-feuilleton, des tartines démocratico-romantiques, ou bien aux arabesques de la fantaisie.

Bien qu'elle ne soit pas e/npruntée avec tous ses détails à la vie réelle, cette histoire est vraie. Si nous avions eu le talent qui permet le courage et l'audace, nous aurions été jusqu'au bout de notre idée, et décrit, sans peur du ridicule, l'amour d'un jeune homme et d'une femme vieille restée jeune ; mais c'était déjà beaucoup pour nos forces d'indiquer l'hésitation, le trouble de notre héros, en trouvant l'Ame qu'il aime dans un corps affaibli! Nous pensons, toutefois, qu^en transportant hors du domaine des sens cet amour impossible, on avait des chances de le rendre autrement dramatique que la flamme amoureuse d'un Mithridate. C'eût été quelque chose comme le cri' d'Orphée vers Eurydice disparue. Et ceux qui croient comme nous à l'immortalité, à une vie nouvelle au delà du tombeau, n'auraient trouvé rien de chçquant

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