‹ Les roués sans le savoir (volume 2)Chapitre 9 sur 53 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

tout à celte époque où toute intelligence parasisle est un vol fait au progrès. Mais Tutilité ne résulte pas Seulement des œuvres dogmatiques, et ce n'est pas restreindre le domaine littéraire aux manuels que de lui demander des enseignements. Non. Mettre enjeu les passions, présenter dans tous leurs développements les diverses facultés humaines, heurter Tidéal à la matière, émouvoir par des évolutions de sentiment, et non plus par des catastrophes matérielles ; c'est là accomplir un travail de psychologie dont les esprits sérieux font toujours leur profit.

Balzac, que nous aimons d'autant mieux à citer qu'on ne s'avise guère d'interroger ses procédés littéraires, Balzac divisait, en 1840, la littérature contemporaine en trois écoles : la littérature des images, la littérature des idées, et enfin la littérature d'éclectisme littéraire qui demande une représentation du monde comme il est, les images et les idées, l'idée dans l'image, ou l'image dans l'idée, le mouvement et la rêverie. L'école des idées procède du dli-septième siècle et des meilleures œuvres du dix-huitième. Manon Lescaut ^ Gil Blas, Candide ^ sont des modèles en ce genre. Par malheur, aujourd'hui, on se dispense trop souvent de style et d'imagination,

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SOUS le prétexte qu'on a des idées, et cette école paraît bien décolorée après les expansions poétiques dont Rousseau a donné le signal. Elle a son grand homme dans Stendhal, et son Gampistron dans M. Mérimée, esprit froid, sec et athée, qui s'est rangé dans la littérature à idées, peut-être bien pour cacher son indigence d'idées. S^ romans sont des récits corrects d'un drame qui n'est destiné à aucune incubation de rêverie, et il est aussi stérile avec sa sécheresse que peut l'être M. Alfred de Musset avec sa fantaisie. *

La littérature des images est restée de la littérature ; elle a pour elle l'iiarmonie, le charme du style, la pompe des décors; elle a rendu d'incontestables services à la génération ; elle a ramené par le sentiment, par le romanesque mémè^ les esprits à des émotions fécondes ; elle a fait croire à l'amour, elle a enchanté les horizons que le doute avait dépeuplés; en promenant aux bords des lacs, sous les arceauK des cathédrales mystiques, dans les immenses solitudes, les cœurs désespérés, elle a imprégné ceux-ci d'une poésie qui se condense aujourd'hui en faits sociaux et en aspirations philosophiques consolantes; elle a été la symphonie qui prépare l'action.

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le prélude de la neuTelte foi poétique; elle a sabsti* tué un Olympe intérieur, nous devrions dire un Calvaire, à cet. étalage de conventions mythologiques qu'il étail temps de jeteF aux défroques.

Mais la littérature d'images ne pouvait toujours suffire à cet Hamlet fiévreux du dix-neuvième siècle, qui veut connaître au juste sa mission et son droit, et qui cherche mainlenant dans les livres autre chose que de» mot&l des motst Balzac, en se proclamant un des soldats, nous dirons pour lui un des chefs de cette école synthétique qui veut l'image et l'idée, donnait la raison que vdici * — « Je ne crois pas la peinture de la société moderne possible par le procédé sévère de la littérature du dix-septième et du dix-huitième siècle. L'introduction de l'élément draiBatique, de Timage, du taUeau, de la description, du dialogue, me parait indispensable dans la littérature moderne. » Il y a dans ces lignes un double conseil que les fantaisistes et les réalistes devront se rappeler. L'image, le tableau, la description, le dialogue, quand Ils n'ont point de but philosophique, sont des jeux inutiles; mais ils sont, d'autre part^

indispensables à la réalité ; et supprimer tout procédé artistique, raconter comme dans un fait-Paris,

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se croire dispensé de mise en scène ; sous prétexte de vérité, écrire comme on parle sur le boulevard, dédaigner ces magiques influences du style qui ne détruisent pas la nature, mais qui, au contraire, la font aimer en la faisant comprendre, c'est imiter certains patriotes qui ne voulaient que des républicains aux mains sales, ol voyaient de la réaction dans la propreté.

L'école réaliste se donne aujourd'hui comme héritière de Balzac; parce qu'elle prend ses héros dans la même région, elle prétend à la même gloire ; c'est là une illusion violente. Il n'est pas d'écrivain qui se soit plus efforcé que l'auteur du Lys dans la vallée de rendre son style complice de ses effets dramatiques; et si l'on peut reprocher quelque chose à Balzac, c'est le travail infini de sa prose. Quant à l'imagination, à l'idéal, à cet héroïsme, à ce je ne sais quoi de surhumain et d'inconnu qui nous ravit loin de ce monde, Balzac s'en faisait une religion. Ses plus réels personnages ont le reflet divin; et il sait rester vrai dans ses plus paradoxales inventions, sans jamais risquer d'être plat. L'école prétendue réaliste s'en tient, au contraire, à la platitude, et croirait déroger en risquant un trait qui ne fût pas un calque

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