‹ Les roués sans le savoir (volume 2)Chapitre 25 sur 53 · EDMÉE DE SÀINTE-AURE A LUCIE DE CRÉNEY · texte numérisé non relu

EDMÉE DE SÀINTE-AURE A LUCIE DE CRÉNEY

Prévins, seplemtre.

J*ai suivi UUéralement tes preseriptîoiiSy et je crois en vérité que je m'en trouve bien. D*aboT<i, je ne passe plus deux heures en prières, et je QODsacre une demrheure de plus à ma toilette. Quand je me setts boudeosr*, je laisse mes aiguilles et je vais chauler dans le jarditi. Sans faire aucune avance à noire hdto^ je Tai pris f n pitié, et je lui facilite la recannaissance. (Test égal, j'ai hien de la peine è le rendre familier; il a toujours un air majestueux et scHoabre qui m*intimide; il me regarde comme s'il voulait lire mes secrets; je Fattraperais bien, si je lui disais que je n'en ai pas,.

Ce séjour de M. Yalentin pourrait biefi cacb^er qucKt^o piège, et tu m'as mise sur la voie. J'ai questloiiiic

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H">^ Suzanne; elle n'a pas voulu me répondre; mais elle m'a embrassée bien fort. Mon père a des sourires diplomatiques, et ma mère, si sévère pour moi, semble s'adoucir, quand M. de Rianval est présent. Est ce que vraiment ce serait là un niari? Comment, ce Parisien, cet élégant, ce dédaigneux penserait à moi, viendrait ici pour moi? Mais alors, pourquoi ne me le dit-on pas? Pourquoi se tait-il ? Je suis guettée, observée, espionnée de toutes parts. J'ai bien envie de le refuser quand on me le proposera, ce M. Valentin; et pourtant^ je me rappelle combien il était bon camarade autrefois. Je me souviens même très-positivement que quand nous jouions au ménage, il était un petit mari fort obéissant. 1! a oublié ce temps-là ; car à coup sûr il devrait m'en parler.

Je lui rends justice toutefois, il finit par s'apprivoiser.

Depuis quelque temps, dans nos promenades, il daigne

me prendre pour confidente, et ne manque aucune oc-

casion de me fairç remarquer que la saison est belle,

que les arbres sont verls, que les roses ont de l'odeur;

comme si je ne savais pas tout cela aussi bien que lui !

Prétendrait-il me donner des leçons de botanique, et ne

se déclarera*t-il que quand je saurai herboriser? Hier,

nous sommes allés visiter la ferme de mon père, à deux

lieues de Provins. Pendant la route, la conversation

languissait; mais je ne sais quelle malicieuse pensée

m'est venue tout à coup. Je me mis à fredonner, et

comme M. Valentin se déridait un peu, j'ai conçu de

mon triomphe une si grande joie que je me suis sentie

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prise de gaieté et d'enthousiasme. J'ai fait admirer le pajrsage. Tai tenu à lui prouver que je n'étais pas une petite sotte, bonne à grignoter de l'herbe. M. Yalentin a poussé un gros soupir et m'a demandé si j'aimais la nature, si je la comprenais. Tai failli lui rire au nez; je me suis contenue pourtant; j'ai pris un petit air béat, j'ai baissé les yeux, et j'ai avoué que j'adorais les moutons, les vergers et les belles herbes. M. Yalentin m'a remerciée. Pourquoi donc?. Décidément il a des goûts trop champêtres.

En descendant de voiture à la ferme, j'ai voulu faire le^ honneurs de noire laiterie, et f ai couru pour chercher une tasse pleine de beau lait blanc que j'ai offerte à mon futur seigneur, d'un air si soumis, si plein de componction, que j'ai cru, Dieu m^ pardonne, qu'il allait pleurer.

Pour changer le cours de ses idées, je l'ai conduit de force dans les champs, et là, bien que je me sentisse le cœur gros, sans savoir pourquoi, j'ai si éloquemment parlé du plaisir de courir, que voilà mon gentilhomme, pris de vertige, qui jette son chapeau, m'arrache le mien, me prend par la main, se met è sauter, à danser avec moi, comme lorsque nous étions enfants. Il semblait que nous fussions revenus au bon temps. Nous nous jetions des biuets, des coquelicots au visage, avec de grands éclats de rire. Nous avons été chercher les enfants du fermier, et nous avons organisa de grandes parties de barres. Il fallait nous voir sauter, enjamber les ornières, nous déchirer aux haies! Quelle belle journée ! Dans un

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intervalle de repos, n*eii poavtEBëi plus de J9ie,ie me suis écriée : Que le boa Dieu est bon 1 M. Valentki m'a sottri gvavemeui et iQ*a dit :

— M'estHse pas qu'osi aurait tort de Uasptirâier et de ne pas croire en lui?

— Mais qui doac se crqit f»s en lui? ai-je répondu.

— Hélas! m*a dft M. de JUm^ai, tout le monde u*a pas voti^ foi naïve.

Ë6t«ce quHi serait aihée^ par «hasard ? Au retour, je me suis sentie fatiguée et un peu triste. Valentis, au contraire, dépensait plus de paroles qu'il n'en a débitées de* fi»uis son arrivée. Mon père nous regardait en tiant. Nous sommes rentrés à Provins avec \a nuit. La ville haute^ <:c!aii*ée par la lune, semblait une grande statue de vierge habillée d'argent, «le n'ai pu m'empêdier d'en faire la remarque. Ce petit effort de poésie a paru du ^ûi de Valeatin. il m'a encore nanerciée. Décidément il se croit de la famille du bon Dieu, et prend pour des fiolitesses à son adresse tous les <M>mpliments envoyés iiu cid. Ma mère et M>»« Suzanne nous attendaient sur la trrrasse qui domine la vallée. Nous avons pris le thé en ploin a IL La soirée était magnitiqne. Nous nous sommes réparés à minuit.

— Vous devez être fatigués^ mes enfants, a dit mon (♦ère, allez dormir 1

Valentin a soupifé, et j'ai cru comprendre qu'il voulait protester et insinuer qu'il ne dormirait -pas.

J'ai songé, de très-bonne foi, quand j'ai été dans ma cfaamlns?, à faire conmie lui^t à ne pas (kmnvr. Je l'ai

entendu ouvrir sa fenêtre, en approcher une chaise; mais je confesse, en toute, humilité^ qu*après un quart d'heure de contemplation^ j*ai senti des picotements dans les yeux, et je me suis couchée. Le sommeil m'a prise, et je me suis avoué ce matin que je n'étais pas faite pour causer avec les étoiles.

Que dis-tu de tout cela? Comment faisàis-tu autrefois^ quand M. de Créney se mettait en faction devant ia lune? Est-ce qu'il est bien nécessaire de désapprendre à dormir pour entrer en ménage? Je ne pourrai jamais.

Tu m'as demandé si je voulais être marraine? Oui, de ^rand cœur; mais si tu n'as pas de parrain, attends un peu avant de te décider. Au revoir, ma bonne Lucie, je te remercie de tes bons conseils. Ce sont eux pourtant qui m'ont presque guérie. Depuis ta lettre, je ne suis plus triste, et j*ai beaucoup moins de goût pour ia tapisserie. Tu m'apprendras aussi plus tard à mettre le$ cravates. Il paraît que e*est un art qui se perd, et je connais quelqu'un ici qui aurait besoin de leçons. Mais ce que tu nae dis de la réforme de M. de Crénej me rassure. M. de Riaovai lui ressemblera... quand je te ressemblerai tout à fait.

Je suis folle; mais ^est que je suis bien oo&tentei

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