‹ Les roués sans le savoir (volume 2)Chapitre 47 sur 53 · LETTRE XLVI · texte numérisé non relu

LETTRE XLVI

l>E VALENTIX A ARMAND.

ChAteao de Riauval, novembre.

Viens, mon ami, quoique le château de Rianval soit un triste séjour, surtout à l'entrée de l'hiver, pour un homme qui va rapporter du soleil et des parfums de ntalie. Mais nous n'y resterons pas longtemps. Je retourne dans quelques jours à Provms. Monpèire m'accompagne; tu viendras avec nous.

Mon cher Armand^ tu railles cette martyre qui m'aime et qui me prescrit mon devoir. Non, ce n'était pas pour que devinsse Tépoux d'Edmée qu'elle a laissé parler son cœur; non^ c'est elle qui est véritablement ma fiancée. Je l'ai bien compris dans cette austère demeure ; je me suis retrouvé dans la chambre de ma mère, avec tous mes élans d'amour chaste et immatériel.

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Suzanne^ SozaBDe, c'e^l en vous que mon âme a passé. Cest TOUS qui m'avez deriné; par vous j'aurais été grand et inspiré; mais je serai digne de vous, mon amie, et Dieu^ réunira, je t'espère, après les années d'épreuve,, les êtres qui se seront vainement cherchés ici -bas.

Son père m*a reçu comme toujours, avec cette tendresse grave qui est à la fois une caresse et un conseil. Il était phis souriant^ parce que^ depuis quelques mois, il arrangeait dans le coin le moins rigide du sombre manoir un nid pour tes deux enfants qui devaient venir. Il m'a embrassé comme un élu de l'amour, en m'enviant ei en me bénissant. I*ai été plusieurs heures sans oser lui révéler mes angoisses. Enfin, je lui ai tout dit. Je lui ai raconté jour par jour ce drame muet^ cet ambur qui est né par une journée d'été, et qui est devenu lugutwreet morae comme la saison. Je lui ai lu les lettres de Suzanne ; je lui ai expliqué cette femme sublime ; je lui ai montré, sous te suaire de la vie de province^ cette sainte prêtresse des amours divines.

Btot père, mon cher Armand, ne sVst pas moqué. Il n'a pas raillé, il n'a pas maudit, il a pleuré et il m^a dit: '

— YalentJn, M«» Duchemîn vous a héroïquement montré la routif. Elle a cornas qu'une jeune fille pure et mnœente s'étoit éclairée^ animée à votre foyer. Votre bonheur lui coûterait le sien. Eàmée n'est coupable que de vous avoir écoulé. C'est à elle qu*il faut vous immoler. M°^e SttzamH» n'a pas hésité, n*hésitez pas non plus, mon fils. Je ne vous dis pas d'oublier; il y a des rêves.

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doDt on se souvient toujours ; mais que cet amour mys-^ iérieux et impossible reste un secret entre Dieu et vous. Pensez-y pour vous exhorter au sacrifice. Mettez sur votre front un mensonge sublime. Souffirez, mais ne présentez k M"«de Sainte-Aure, à M"^^ de Rianval, qu'un visage souriant et calme. Donnez-lui la vie qu*eUe vous demande. Elle u*est pour rien dans vos malheurs, et vous êtes tout dans son amour. Mon tils, je vous aiderai, je vous soutiendrai. Votre imprudence a mis en jeu le repos, l'honneur d'une enfant; expiez courageusement, chrétiennement. Voilà ce que vous dirait M"« Duchemin. Voilà ce qu'elle a fait. Ne restez pas au-dessous d'elle. Almez-Ia dans les âpres douleurs du renopcemeut, et Tâme de votre mère viendra vous bénir.

J'ai embrassé mon père; il avait formulé ma pensée. Je retourne à Provins, j'épouse Edmée.

Avant de partir, j'ai parcouru celte vieille maison, le jardin et les allées du parc avec tristesse. Je demandais pardon à ces amis de ma jeunesse de la fête préparée pour eux. Ils me verront revenir résigné; mais eux seuls sauront mes regrets, mes souffrances. Ce supplice enivrant que je rêvais pour Werther, je vais le subir. Je l'accepte avec joie, puisqu'il doit me rendre digne des amours divines et immortelles. Je cacherai, sous la banalité d'un bonheur de convention, un regret terrible , mais un espoir éternel.

Viens donc jouer ton rôle dans cette comédie I

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