‹ Les roués sans le savoir (volume 2)Chapitre 49 sur 53 · LETTRE XLIX · texte numérisé non relu

LETTRE XLIX

DE SUZANUe A VALElfTIN»

Pnivios, décembre.

i'arais tort de jooa considérer eomme un enfant;, vous êtes un ^lomme^ monsieur Valentin^ et vous savez sortir virilement d^une situation pénible. Je vous'porte envie, et (fest moi qui suis la pauvre tête folle et éperdue de jeunesse.

Vous avez raison^ et je rougis de mes douleurs.. A quoi bon mourir, en effet! il est si facile de vivre ; on n'a qu'à le vouloir f Le Goefur se gonfle, se soulève, proteste contre la vie qui Taccable; qu'est-ce que cela ? On en est quitte pour penser à autre chose. Tais-toi,, pauvre fenune l Tu t'imaginais que ton souvenir pourrait troubler, inquiéter ce bel amoureux 1 Ton miroir-

te donnait de méchants conseils, et tu ne voulais pas voir tes rides ; tu Timaginais que tes quarante ans pourraient encore inspirer autre chose qqe du respect. Mais voilà un sage qui te donne sur les ongles, te met en pénitence et ^assigne le seul rôle convenable. Prends les emplois de duègne^ ma pauvre Suzanne ; sois mère de famille; tricote ou fais de la philosophie ; mets des lunettes et ouvre les grimoires, c'est ce qu'on attend de toi ; et si tu souffres, si tu te sens affaiblie, c~est que le temps est venu des inûrmités ; ne cherche pas à t*illusionner ; on ne veut de toi qu'à la condition que tu seras la marraine, rËgérie d'un Pompilius enthousiaste 1 L'amour ! il n'y faut plus songer. Ton âme radote et lu fais pitié !

Merci, merci, monsieur Valentîp, vous êtes un habile chirurgien : vous donnez raison à mon frère ; j'ai tort, bien décidément, et que je meure ou que je vive, cela ne vous regarde pas. Vous vous en lavez les mains, et c'est ma faute, ma très-grande faute !

J'ai été bien avisée, savez-vous ? de vous parler un soir de l'humanité, de la philanthropie, de la démocratie, des peuples, des rois, de je ne sais plus trop quoi ! ravais oublié cette leçon, vous l'avez retenue ; j'avais un disciple sans le savoir ; vous me le rappelez fort à propos. Âh ! quelle bonne petite existence nous allons mener ! Vous, vous serez le mari d'une jeune et charmante femme qui n'entend rien aux belles choses de la métaphysique ; mais vous prendrez sur vos moments d'oisiveté conjugale pour bavarder avec moi de ces

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choses sublimos qui échapperaient à rimaginatioD paisible de W^ de Rianyal. Quant à moi, il faudra bien que j'en prenne mon parti ; f irai me cacher quelque part ; vous m*exil#z très-adroitement ; et là-bas^ là-bas, pourvu que ce ne soit pas dans la tombe, vous m'écrirez vos théories, et je vous donnerai la réplique, et nous arrangerons lé sort du monde 1

Si j'avais été (ssez coquette, assez femme^ pour comp» ter sur un remords, sur un accès de commisération de votre part; si j'avais pu nourrir un instant IMlIusion de votre retour ; si je ne vous avais écrit de rester à Rianval que pour vous voir revenir ; si je ne vous avais parié de ma mort que pour vous suggérer l'idée de me sauver ; je serais bien punie, et vous auriez bien sévèrement tancé mon pauvre cœur I Comme j'ai bien fait d'en appeler à votre raison ! Une autre, à ma place, se £(!it dit, peut-être: Moi àeule suis capable de Taimer et d'être aimée de lui ; je ne suis pas assez vieille pour qu'un mariage soit impossible; pourquoi donc ne sacrifierait-il pas l'enfant sans idée à l'âme éplorée qui lui promet des joies* saintes? Ai-je moins mérité que M"« de Sainte-Aure? N'ai-je pas souffert vingt ans? £t si nous avons des illusions, des espérances qui nous élèvent au-dessus des passions vulgaires, pourquoi ne contracterions-nèus pas un mariage, ridicule aux yeux du monde grossier, mais superbe et héroïque aux yeux de l'amour pur ? S'il a peur de mes quarante ans, n'ai-je pas peur, moi, de ses vingt-cinq ans ? ne risquons-nous rien l'un et l'autre ?

Si je m'éUw dtt cela, OMnsleiir YateDtin > f atora» été bien a? eygle^ ei im» m'anrieBr oarerl les yeas^ llBiiroosenesIr que j*ai parfattenieiit compris mon âge ei le Tdtre;.et qaaiMl je tous aiiinprorâé». un sm% m» preoûer-PrayiBs d'oiie potUiqiie si transcradanle ^ j'avais prévu que c'étaii Ui le seul point de contact possible entre nous. A quoi sevrcat ponitanl les théories humanitaires l Le BMMide a^en attail {toacement rers^ sa perle* Eh bien !: voilà i» jeune homme et une vieîtie femme qai^ au liei» de se ^re des gatanterîes qui préte^ raient à rire» et de peur du ridicoie, vont iToeciiper de sauver le monde I Ah f les roulîsiers, les oonservateuis^ n'ont qu'à bien se tenir ; nous allons leur jeter nos élé* gie»à la tête ou dans^ les jambes^ ei les faire trébmlierl ¥ons êtes gentilhomme^ moi» je suis une roturière» Eb bien! nous alloua, partir en guerre contre les préjugés aristocratiques.. Yous^comme le plus fort^ vous portées la euirasse et le grand sabre ; moi^ je ne porterai rien ;. je suis trop faible ; mais je vous exciterai , je vous guiderai^Gela s'appelle^ je crois» faire àa socialisme. On dit,, dans un certain monde, que c'est de fort mauvais ton; mais ridicule pour ridicule» aidant feûre cela que faire Tamour, n'est«ce pas ?

Je suis d'avis que vous écriviez un livre, pour demaiK der rinstallation d'u» nouveau ministère, non pas le ministère du Progrès» mais le mimstère du Sentiment. Je rédigerai les drcolaires. Comme nous allons nous en donner» Tie ces théories ! Mon Dieu l mon Dieu l pourvu • que je ne meure- pas,, et que la fièvre qui me dédrire ne

-tûUrkaiï que Vkmptâkfoteée^ommmùmmôn TÔie! Quel ^gmÊOêge^ » je4ésertoî$ àla pmmîère étape, poar aAer philosopher près du bon Dieul

ie ne soogatis gttèra à fout eeta, «on p«urre ami, quand jeifOttg eoaiemf^keet^élé, eur la-foote de Fontaine-^Riante. Je voyais dans tos yeux tout un poëme d'intimité douce, d'aspiration ehaste vers Tamour mystérieux et caché. Je me rappelais ma jeunesse, mes premiers rêves; je me disais^ Voilà celui que j'attendais I ^ai*je pas eu la folie de ressentir une grande douleur, qui a teiUi me tuer^ quand je vous ai surpris dans le jardin, donnant à Edmée ce premier baiser, dont j'ai •cru sentir le souMe sur ones lèvresr! Pauvre hallucinée que yétais ! Je n*ai été sage qu'une fois, c'est* quand je vous ai prêché la croisade.! Cette idée^là sauvera tout! Si nous formulions un dogme I que vous en semble? «Quand faudra-t-il commencer la prédication? Si nous ^idoptions un costume; une tunique d'acur avec des «toiles et des soleils ! Vous voilà apôtre, je suisf^rêtresse ! comme cela se trouve! Je vais faire concurrence à mon frère !

Ah! surtout, n'ayez pas trop de désappointement, si je tombe au premier pas, et si Ton vous écrit qu'à force <ie rêver réternité, j'ai passé la tête à travers la mort pour mieux la contempler. Je vous promets de revenir vous raconter «e que j'aurai appris là-haut ; je serai bien plus immatérielle, bien plus digne d'être aimée, et peut-être bien qu'alors, Valenlin, vous oserez me tendre les bras. Adieu! adieu ! ma plume mystique pèse à

mas doigts oomme one lance, et je sois bien faible^ mon amL Vous arez une manaine qni n a plus longtemps à Aire adorée.

Quoi ! je ne serai ni Totre soeor, ni Yotre époosBj ni TOtre mère, mais votre marraine ? Pauire filleul!

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