‹ Les rouges et les blancsChapitre 12 sur 109 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE COMTE

Si Louis, que je croyais mort, avait été encore vivant?

HÉLÈNE

Ail 1 Prenez garde ! Louis ? Mais c'est impossible ! J'ai vu votre douleur, vos larmes!...

LE COMTE

Elles étaient sincères, comme les vôtres... Pendant la moitié d'une année, j'ai ignoré qu'il avait survécu.

HÉLÈNE

Mon Dieu! Il vivrait? Il vit?

LE COMTE

Oui... Mais je suis innocent de toute supercherie... Je ne vous ai pas menti... je vous le jure... Et cette erreur a été, depuis un an, le tourment de ma vie. Hélène, dites-moi que vous ne m'accusez pas... Dites-moi que vous me pardonnez ?

Ah! Qu'ai-je à vous pardonner, puisqu'il vit? J'aurais donné mon sang pour lui... Je pleurais sa mort bien plus que mon bonheur... Il est vivant!... Oh ! c'est tout ce que je veux savoir ! Et je remercie le ciel à qui j'ai tant demandé de faire un miracle et qui l'a fait en le sauvant... Mais, voyons, racontezmoi, comment est-ce arrivé? Quand l'avez-vous su? Et pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour me le dire?

LE COMTE

Je ne l'ai su que six mois après avoir reçu l'annonce de sa mort... Bloqué dans le Bocage par les gendarmes et les colonnes mobiles du gouvernement de Juillet, sans cesse obligé de changer de canton-

nement, vivant sous un nom d'emprunt, comment aurait-on pu m'avertir que mon frère, après une crise qui avait paru fatale, s'était peu à peu rétabli, et avait été rejoindre madame la duchesse de Berry, à Massa, en Italie?... Quand j'appris sa résurrection, vous étiez mariée.... Je pensai que jamais, mon frère et vous, vous ne vous retrouveriez en présence.. Je résolus de me taire, pour ménager votre repos...

HÉLÈNE

Mais si vous parlez aujourd'hui, c'est donc...

LE COMTE

C'est que la situation a changé, c'est que madame est venue d'Italie en Vendée, c'est que ceux qui avaient été les courtisans de l'iiifortune sont devenus les soldats de la revanche, c'est que mon frère est ici et que vous allez le revoir...

Grand Dieu ! Mais je ne veux pas! Je ne dois pas me trouver en sa présence! Que lui dirais-je? Et lui, qae me dirait-il ? Oh ! non ! non ! J'appartiens à Yan Tréadec, monsieur le comte, et je suis une honnête femme. Prévenez votre frère. Empêchez-le de venir. Louis de Kerléan ne doit pas entrer dans la demeure de l'homme dont je porte le nom.

LE COMTE

Des intérêts plus hauts que ceux auxquels vous obéissez, l'y appellent... Et, tout à l'heure, Yan, luimême, l'amènera...

HÉLÈNE

Votre frère sait-il que je suis sa femme ?

LE COMTE

Oui.

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