ACTE DEUXIÈME
ment... Ils tenaient à ma société, car, en revenant H la surface pour respirer, je les vis qui couraient le long de la berge. Un d'eux m'apei-çut et me mit en joue... Mais une voix, celle du comte, cria : vivant. Il me le faut vivant ! Je crois bien qu'ils auraient fini par me rattraper, lorsque les dragons chargèrent dans la prairie. Pris entre la rivière et les sabres de vos cavaliers, mes gaillards ne se sentirent pas à l'aise. Ils sautèrent tous à l'eau, comme des grenouilles, pour passer sur l'autre rive. Pendant ce tempslà, moi, j'abordais. Un brigadier me débarrassa de mes liens avec le tranchant de sa latte. J'étais sauvé. Général, je vous dois une fière chandelle !
DERMONCOURT
Qui sont ces gens-là?
RENAISON.
Pardieu, l'escorte de Madame. Ils se sont divisés en trois groupes. L'un vous attirait vers Légé, c'était celui qui m'emmenait. L'autre filait sur Saint-Jean-de- Corcoué... Pendant ce temps-là Son Altesse décampait, du côté de Montbert, sous la conduite du damné curé...
DUVAL
Ah ! Il en est, celui-là ?
RENAISON.
Comme tous les autres.
BUVAL.
Je vais le faire arrêter...
RENAISON.
Gardez-vous en bien. Tout chouan qu'il est, c'est un saint homme et vous exaspéreriez les gars du pays... L'arrestation du curé de Montbert vaudrait mille recrues aux bandes légitimistes...
k't LES ROUr.ES ET LES BLANCS
DUVAL
Ce sont ces inénarreuients (jiii nous perdent. Si l'on fusillait une vingtaine de ces drôles, les autres se tiendraient tranquilles.
DERMONCOURT
Pour les fusiller, il faudrait commencer par les prendre. Et ils sont insaisissables.
DUVAL
Nous en tenons un.
RENAISON.
Yan Tréadec? Parce qu'il a été chercher M. Borryer à Nantes et parce qu'il a logé la duchesse de Berry, vous voudriez lui mettre douze balles dans la tête? C'est vif, monsieur le Préfet. Si encore vous l'aviez pris les armes à la main.
DUVAL
Un insolent!
DERMONCOURT, riant.
Eh ! Vous avez la rancune meurtrière I
RENAISON.
Il y a mieux à faire avec lui. Mort, il ne vous servirait à rien.^Vivant, il peut nous être utile. Quelle direction comptez-vous donner à vos troupes, général?
DERMONCOURT
Je vais cantonner le gros de mes soldats à Montbert et pousser des éclaireurs sur Légé et lia Bénardière...
RENAISON.
Bien. Pouvez-vous me laisser ici Yan Tréadoc, avec un piquet de grenadiers pour le garder?