ACTE QUATRIÈME
YAN
Vous l'aimez, cependant?
HÉLÈNE
Ouil (Yan s'ôcarto avec douleur.) Oh! Yan! je VOUS en
supplie, écoutez-moi jusqu'au bout avant de me juger... Vous ne pouvez savoir...
YAN, avec douleur.
Je sais que vous l'aimez, et cela me tue ! Vous avez cru que j'avais pour vous la tendresse froide et calme d'un homme qui a les cheveux gris, et je vous adorais, Hélène, avec toute la passion et la fougue d'un cœur qui n'avait jamais battu. Vous avez cru qu'il suffirait de me dire, pour apaiser mon inquiétude, que, si vous en aimiez un autre, vous ne vous étiez jamais donnée à lui. Gomme si je n'étais pas jaloux aussi de votre pensée I Mais vous l'aviez bien vu que j'étais soucieux de ce qui se passait dans votre esprit, quand vous étiez songeuse et triste et que je me demandais où s'envolaient vos songes, d'où venait votre tristesse. J'aurais voulu la pénétrer, la calmer, car c'était encore une possession de vous-même... Et c'était vers cet liomme que vous alliez, c'était pour lui que vous vous détachiez de moi, c'était lui que vous aviez devant les yeux... Hélène, comprenez- vous que c'était déjà une trahison, et que ce misérable, que je hais, vous volait à moi?
HÉLÈNE, doucement.
Hélas ! C'est lui qui aurait eu le droit de vous haïr, car c'est vous qui m'aviez prise à lui !
YAN
Comment cela?
HÉLÈNE
Quand vous m'avez demandé de devenir votre femme, j'étais sa fiancée...
Et pourquoi ne l'avez-vous pas épousé?
HÉLÈNE
Parce qu'on m'a dit qu'il était mort.
Qui donc vous a trompée ainsi?
Son frère, le comte de Kerléan...
YANj avec étonnement.
Lui I Cet homme d'honneur?... Ce chevalier?
HÉLÈNE
Il croyait dire la vérité...
Y AN, après un temps.
Oui, ce que vous dites là est exact. Je me souviens de son deuil et de ses larmes... Il a cru son frère mort, oui, il était sincère. Il se reprochait amèrement de l'avoir éloigné de la Bretagne, pour l'envoyer auprès du roi, où il avait trouvé une fin misérable. Mais pourquoi l'avait-il séparé de vous?
HÉLÈNE
Pour l'empêcher de m'épouser... Vous qui êtes son ami, vous connaissez bien ses idées, et comme il est intraitable, quand il s'agit de son nom... Il a sacrifié à l'orgueil de sa race le bonheur de son frère, le mien, hélas! et le vôtre!
YAN
Pourquoi n'ai-je pas su tout cela, Hélène, avant aujourd'hui?
HÉLÈNE
Le comte pouvait-il vous dire : cette jeune fille que vous voulez épouser pleure mon frère! Et moi qui consentais à devenir votre femme...