‹ Les rouges et les blancsChapitre 8 sur 109 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

HELENE

Honneur non sans danger. Car les colonnes du général Dermoncourt sillonnent partout le pays... On s'est battu hier sur la lande de Remouillé. l'abbé.

Et il y a un bataillon à un quart de lieue d'ici, à Légé, des dragons à Saint- Jean Corcoué... Mais nos gars veillent. Les Rouges ne feront pas un mouvement sans que nous en soyons avertis...

HÉLÈNE

Et le résultat, mon frère, qu'en augurez-vous? Cette tentative m'épouvante... A-t-elle des chances de réussir?

l'abbé.

Hélène, je ne suis qu'un des serviteurs les plus humbles de cette grande cause, mais quand je vois marcher des hommes tels que MM. de Charette, de Kersabiec, de Lorges, de Cathelineau, tous les héritiers des grands chefs de nos anciennes guerres, je ne raisonne pas, je ne discute pas : je suis, en aveugle, certain qu'il y aura honneur à triompher à leurs côtés, s'ils sont vainqueurs, ou gloire à succomber avec eux, si la fortune leur est contraire. Un pauvre petit recteur de paroisse comme moi est- il capable de juger la politique d'un parti dont les traditions sont séculaires et les droits imprescriptibles, puisqu'ils ont été acquis en même temps que se fondait la nation elle-même ? J'ai été élevé ainsi que mon frère Yan par un père qui avait la fidélité à ses princes dans le sang, qui avait comliattu pour eux à chaque prise d'armes, et dont le dernier mot à son lit de mort a été : mes gars, soyez les serviteurs de Dieu et du Roi. Moi, j'ai servi Dieu, puisque je suis prêtre. Quant à Yan, il sert le Roi, puisqu'il donne l'hos-

pitalité à la mère de Henri V, et pour elle, risque sa tête. Voilà ce que je puis vous dire, ma sœur. L'insurrection qui se prépare réussira-t-elle? Je l'ignore. Mais ce que je sais bien, c'est que, Yan et moi, nous devions en être et que nous en sommes.

HÉLÈNE

Mais, cependant, mon frère, Louis- Philippe aussi est un Roi...

l'abbé.

C'est le Roi des Français, ce n'est pas le Roi de France. Le petit M. Thiers l'a bien dit : ce roi-là, c'est la meilleure des Républiques... Voilà justement pourquoi nous n'en voulons pas...

HÉLÈNE

Vous, rabl)é?

l'abbé.

Moi? Entendons-nous: je veux dire ceux de mon parti. Et comment ne se révolteraient-ils pas? Ils répondent à la violence par le soulèvement. Depuis deux ans, ce pays est hors la loi. Son dévouement à la royauté légitime, sa fidélité au drapeau blanc lui ont été imputés à crime. Les citoyens ont été excités à la haine les uns contre les autres. Des gardes nationales philippistes ont été armées contre les paysans carlistes, et des bandes de garnisaires en blouses bleues, ont campé dans les chaumières et les métairies, mettant à feu et à sang celles où l'apparence d'une hostilité se manifestait. En notre malheureuse Vendée, tout ce qui ne se mettait pas à plat -ventre devant le pouvoir était molesté ; tout ce qui résistait ouvertement était arrêté; tout ce qui se révoltait était massacré. Depuis les guerres de religion, on n'a rien vu de plus atroce que ce qui se passe dans ce pays.

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