CHAPITRE XVI
Bien qu'il n'entre pas dans le cadre de notre étude de parler d'autres Roumains que de ceux de Turquie, par exception cependant et accessoirement nous croyons devoir dire quelques mots de nos congénères de Grèce et plus spécialement de ceux de Thessalie.
On sait que jadis la population roumaine était si nombreuse en Thessalie qu'elle y a formé, jusqu'à la conquête ottomane, une principauté indépendante, connue sous le nom de Grande- Valachie (Blaquie la Grant).
Tout en étant loin d'être aussi nombreux actuellement, l'élément roumain y est encore compact dans certaines régions et se conserve intact, bien qu'il se trouve sous la domination grecque depuis environ un
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quart de siècle. Le long de TAspropotamos (rancien Achélous) on peut compter, même à l'heure actuelle, une cinquantaine de bourgades et de villages purement roumains, ayant conservé aussi bien leur idiome propre que les autres traits particuliers de leur race. Voici les noms de quelquesuns de ses villages et bourgades.
Malacashi, Tchiorani, Djenerazi, Coutzoufliani, Kharziari, Stourdja, Haliki, Sclineassa, Cotouri, Lîbendja, Vilitchani, Doleani, Cornou (Cragnea en grec), Drago visse, Amérou (Palio Milia en grec) Gardiki, Djurdja, Moutchara, Orguill (Tiflosséli en grec) Camneani, Pira, Dessi, Vitrînico, Pertouli, Coteana, Pergnaco, Apano Aïvani, Poliohori, Draousté, Calogreani, Clinova, Névodi, (Vendista), Goudouvazdi, Costeana, (Castagna en grec), Coutzo-Milli, Bourovia, Cocli, Loujeshti, Calari (Calarités en grec), etc. etc.
Les Roumains de cette région se rattachent aux Roumains du Pinde avec lesquels ils forment un tout, une masse compacte s'étendant sur les deux versants du Pinde et sans solution de continuité depuis la ville de Coritza (Ghiordchea) sur la limite de la Macédoine et de TAlbanie, jusqu'à TAgrapha, l'ancienne frontière de l'Etat grec.
Mais, outre les bourgades et villages ci-
<lessus énumérés et dont la population est exclusivement roumaine, on trouve des Roumains en grand nombre dans la plupart des villes de quelque importance de la Thessalie, telles que Karditza, Farsala, Domoco, Velestirio, Larissa, Almiro, Tirnovo et surtout dans la ville de Triccala, dont les habitants sont aux trois quarts Roumains.
. En hiver surtout, la population roumaine •devient extrêmement nombreuse en Thessalie. Oh sait que la Thessalie est un pays presque désert en été à cause de son climat malsain. La population compagnarde grecque est pauvre, miséreuse, paresseuse, et est décimée tous les ans par les fièvres.
G'èst seulement en hiver qu'elle devient un pays animée par la descente en masse des habitants roumains de plusieurs régions montagneuses de Turquie et de Grèce, dont les immenses troupeaux couvrent alors les plaines de Thessalie. Les Roumains forment ainsi une majorité tellement écrasante que, même dans la vie politique, les Grecs sont totalement éclipsés dans certaines régions. Ainsi les Roumains de la région de TAspropotamos envoient presque- tenjours au Parlement grec deux ou trois* députés élus parmi leurs congénères. Le mai-
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re de la ville de Triccala est presque toujours un Roumain.
Il est toutefois à peine besoin de dire qu'il ne saiirait nullement être question d'écoles nationales parmi les Roumains de Thessalie, bien qu'il y en ait eu quelquesunes jusqu'à l'annexion de cette province au royaume Grec. Il va de soi que les Grecs qui font une guerre à outrance aux écoles et aux églises roumaines en Turquie, n'en toléreraient aucunement dans leur propre Etat. Mais qui sait si un jour les Roumains de Thessalie n'éprouveront pas le besoin d'affirmer leur individualité propre ! Qui sait si la haine de race, entre Grecs et Roumains, qui subsiste en Thessalie beaucoup plus vivace qu'ailleurs, quoiqu'elle se manifeste sous d'autres formes qu'en Turquie, ne provoquera pas un mouvement séparatiste dans cette ancienne province de l'Empire Ottoman où les Roumains n'ont jamais fait bon ménagé avec les Kkragouni?^) La conscience nationale pourrait bien se réveiller aussi chez eux, comme elle s'est ré-^ veillée chez leurs congénères de Turquie- Tant qu'ils conservent encore leur langue,.
i) Cest le nom que les Roumains donnent à la population grecque de Thessalie. De son côté, celle-ci ap* pelle les Roumains Bruzzo-Vlahi.
pareille hypothèse ne semble nullement exclue. L'hellénisme a eu bien des surprises* dans ces derniers temps. Qui peut dire que:
l'avenir ne lui réserve encore celle-là?