CHAPITRE PREMIER
Après la conquête de l'Albanie et de TEpire par le préteur Anicius et de la Macédoine par le consul Paul-Emile, des colonies romaines ont été établies dans ces contrées, notamment en Epire, en Etolîe, en Acarnanie et en Athamanie dont toutes les villes ont été détruites et dont un grand nombre de familles ont été transportées en Italie par ordre du Sénat romain.
Parmi les considérations qui ont déterminé cette colonisation, il va sans dire que la principale a été d'ordre stratégique. Les guerres que les Romains avaient dû faire pour soumettre les Macédoniens, les Epirotes, les Etoliens, les Acarnanes, etc., les révoltes incessantes de ces derniers, leur turbulence ont tout naturellement suggéré au Sénat romain l'idée de faire occuper par
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une population latine les dangereux passages des montagnes du Pinde où les armées romaines risquaient à tout moment d'être défaites. Maîtresse de ces défilés, Rome pouvait tenir dans la soumission la Macédoine et TEpire, dont toute tentative de révolte eût pu être bien vite étouffée^ en rase campagne, par les légions romaines.
Rome ne manqua donc pas de faire occuper toute la chaîne des montagnes du Pinde par des populations amenées d'Italie, populations qui devaient être en majeure partie pastorales pour pouvoir s'accommoder des conditions du sol dont la garde leur était confiée.
Cela est tellement vrai qu'à défaut même du témoignage de Tite-Live et de la tradition populaire, le seul fait que Pompée a pu, cent ans plus tard, recruter une légion entière parmi les vétérans qui s'étaient établis en Macédoine suffirait à ne laisser subsister aucun doute à cet égard.
L'élément romain de Macédoine et d'Epire y devint encore plus nombreux par le courant d'émigration vers ces contrées, qui s'est dessiné après la mort de César ainsi que par l'établissement à demeure des nombreux fonctionnaires romains que leur service obligeait à y résider.
Mais ce qui vint augmenter cet élément d'une façon bien autrement considérable, ce furent deux événements de la plus grande importance historique.
On sait qu'en présence du flot envahissant des barbares, l'empereur romain Aurélien transféra en l'an 271 après J. C, sur la rive droite du Danube, les légions romaines ainsi que de nombreux colons établis précédemment par l'empereur Trajan en Dacie.
La Mésie, où l'élément romain était déjà du reste en assez grand nombre se trouva submergée par l'arivée de ces nouveaux Romains.
Quatre siècles plus tard, à l'arrivée des Slaves dans cette région, une partie de cette population romaine, repoussée par les nouveaux envahisseurs, dut se réfugier dans les montagnes de l'Hémus (Balkans), tandis que l'autre partie, surtout celle qui occupait la Serbie actuelle, se dirigea vers le sud et s'étendit sur la Macédoine, TEpire, l'Albanie, la Thessalie et la Grèce.
Cette émigration a eu lieu au Vll-e siè« cle. Elle est confirmée par le chroniqueur grec Kekauménos qui dit en parlant des Roumains du Pinde que «ceux-ci habitaient
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auparavant près du Danube et de la Save, là où habitent maintenant les Serbes».
Les Roumains (Valaques) établis dans les Balkans, unis aux Bulgares, firent trembler Byzance maintes fois aussi bien que l'Empire latin d'Orient -de si courte durée. On peut lire dans les chroniqueurs byzantins les hauts faits d'armes de cette vaillante population que les armées byzantines redoutaient plus que n'importe quoi et devant l'attaque de laquelle les Croisés cessaient de rire comme ils le faisaient devant les „Boulgres".
Ce fut sous la dynastie des Assanides qu'elle écrivit sa plus glorieuse page dans l'histoire de la péninsule des Balkans.
L'empereur Isaac l'Ange ayant voulu imposer une dîme sur les immenses troupeaux dont les Roumains des Balkans, alors comme plus tard et comme aujourd'hui encore les Roumains du Pinde, étaient possesseurs, ils refusèrent de la payer et, conduits par deux chefs, les deux frères Pierre et Assan, qui avaient donné le signal de la révolte, ils défirent, à plusieurs reprises, les armées byzantines dans les gorges et les défilés des Balkans, envahirent la Thrace et la Macédoine, se rendirent maîtres de tout le vaste territoire qui s'étend entre le
Danube et le Pinde et fondèrent le royaume roumano-bulgare, sous la dynastie des Assanîdes, qui lut la terreur de Byzance.
Après l'assassinat successif de ses deux frères aînés, Pierre et Assan, Joanice qui leur succéda porta encore plus haut la gloire des armes, à tel point que le Pape Innocent III, voulant attirer dans le giron de l'Eglise romaine un prince dont la renommée était parvenue jusqu'à lui, lui adressa une lettre extrêmement flatteuse pour l'amour propre de Joanice auquel le Saint- Père rappelait son origine romaine.
Après avoir remporté sur les Latins la brillante victoire d'Andrinople, où il fit prisonnier Baudouin de Flandre lui-mèmê, qu'il mit plus tard à mort, Joanice, qui avait pris le titre d'empereur, devint très redoutable.
Mais il ne tarda pas à succomber lui-même sous les coups d'un assassin pendant qu'il assiégeait la ville de Salonique.
Sous ses successeurs l'empire roumanobulgare alla promptement vers son déclin.
L'élément roumain des Balkans cesse de faire parler de lui, autant parce qu'il n'a plus de dynastie nationale et qu'il émigré en partie vers le sud que parce que sa dénationalisation s'accentue de plus en plus sous l'influence slave.