‹ Les Roumains, tome premier. [Par] James CaterlyChapitre 14 sur 51 · op. cit., p · texte numérisé non relu

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LES ROUMAINS. 6i

reux qu'il doit administrer? Non seulement les fonctionnaires ne coûtent rien au trésor des Principautés, ou, ce qui revient au même, au trésor du Prince, mais ils lui rapportent : ils offrent, pour obtenir leur nomination, des sommes qui contrastent singulièrement avec l'importance des fonctions qu'ils sollicitent. Ils savent que par leurs exactions ils rentreront sous peu largement dans leurs frais ; ils ne consentent qu'une avance.

Si les dignités se vendent si bien, c'est qu'elles sont le moyen d'accéder aux fonctions publiques. Après le titre, on aura la place, ou du moins on l'espère. La bovarie, en effet, a changé de caractère ; elle est de plus en plus ouverte, de plus en plus nombreuse. Dans les premiers temps des Principautés, les boyars ne se recrutaient que parmi les compagnons d'armes du prince : le titre de boyar est alors une récompense qui confère le droit à une terre.

Mais peu à peu les luttes militaires s'éteignent; les Moldaves et les Valaques

acceptent de se soumettre aux Turcs. Les princes laissent l'épée et ils administrent : le titre de boyar n'implique plus que l'on est en possession d'une terre, mais pendant tout le xvii'' siècle, il suppose chez son titulaire la qualité de fonctionnaire public. Il n'y a pas alors plus de titres qu'il n'y a de places.

Avec les Phanariotes la bovarie se modifie : être boyar, ce n'est pas nécessairement être fonctionnaire public, la boyarie devient une simple distinction. Les nouveaux bovars remplacent alors les anciens, retirés à la campagne, dans leurs terres ; souvent le prince phanariote les en chasse pour en faire don aux nouveaux bovars courtisans. Tous les titres anciens sont conservés, mais on double, on triple le nombre de ceux qui les portent. Puis on crée deux ou trois rangs pour chaque titre : il y a, par exemple, plusieurs grands vestiaires — ou ministres des finances — des deuxièmes et des troisièmes vestiaires. Il y a des grands logothètes, des seconds, des troisièmes et des petits

logothètes ; c'est ainsi que pour chaque titre il V a des eens « en activité, en retraite, et en espoir » ; mais ces espoirs eux-mêmes se paient : et la place se paie encore. On paie pour l'obtenir. On paie pour y rester. Qu'il s'agisse de l'administration ou du clergé, du sous-préfet qui touche un traitement de 15 lei par mois, ou des chefs de couvents, ou même de l'archevêque métropolitain dont le revenu est de 500,000 à 600,000 francs, l'hospodar dispose de toutes les places. Il en dispose si bien qu'il arrive à décider que les fonctions publiques ne seront exercées que pendant un an par la même personne'. On fera de la sorte passer par les fonctions pubUques le plus grand nombre de gens possible ; et le prince y trouvera son compte — car chacune de ces nominations lui sera payée par son titulaire.

Ce système présente pour lui un autre avantage encore : il augmente le nombre de

I. Langerox (C"' de), Journal des campagnes faites au service de la Russie (1790-1812), p. 182.

ses obligés et diminue celui des mécontents. L'hospodar est entouré de cabales : il le sait et vit dans une inquiétude perpétuelle. Il ne manque pas de gens, ni dans les Principautés ni au Phanar à Constantinople, pour convoiter le trône qu'il occupe : toutes les armes sont bonnes à ceux-là et l'hospodar ne leur en fournit que trop lui-même par la manière dont il administre. 11 s'agit de faire taire les médisants en leur donnant une de ces précieuses fonctions, s'ils vivent dans les Principautés; en les gagnant à prix d'or, s'ils vivent à Constantinople. Le prince entretient auprès de la Sublime Porte un agent chargé de surveiller et de déjouer les intrigues, le ce bâche-kapou-keïaya ;» ' : tel est le nom de cet ambassadeur, c'est un Phanariote^ choisi parfois par l'hospodar, parmi ses parents ou ses amis, payé par lui, imposé généralement par la Porte. Le « bâche-kapou-keïaya » a fort à faire : sa police doit être incessamment aux aguets ; à l'affût de tous les bruits, il doit

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