I. Raicevich, op cit., pp. 70 sqq,/,?5i
8o LES ROUMAINS.
parcourent les campagnes et avancent au paysan de l'argent sur les produits du sol. D'autres vendent des marchandises de Russie, d'Orient ou d'Europe ; ils vont chercher ces dernières deux fois par an aux foires de Leipzig, D'autres enfin sont épiciers et vendent les produits alimentaires de la Grèce. Longtemps après la fin de l'époque phanariote, et très avant dans le xix^ siècle, les épiciers porteront dans les Principautés le nom historique de « grecs );.
Au milieu de cette atmosphère tout imprégnée d'hellénisme, les boyars s'hellénisent de plus en plus. Les Principautés sont turques et elles sont grecques ; elles semblent avoir perdu le sentiment de leur individualité qui les soutenait aux temps héroïques de leurs luttes contre la Sublime Porte : une résurrection nationale parait impossible aux voyageurs qui les parcourent.
Il convenait, croyons -nous^ d'insister comme nous l'avons fait, sur la situation des
Principautés pendant les règnes phanariotes. Il était nécessaire de marquer les vices du o-ouvernement et les maux dont souffrait ce malheureux pays. On comprendra mieux de la sorte en présence de quelles difficultés les Russes se sont trouvés, lorsque, à la suite du traité d'Andrinople (1829), ils tentèrent, avec l'aide de quelques boyars, cette réorganisation de la Moldavie et de la Valachie, qui aboutit à la rédaction du règlement organique. On comprendra mieux aussi quels motifs guidèrent ces boyars, lorsqu'ils travaillèrent de leur mieux à seconder la Russie dans l'œuvre — intéressée, sans doute, — qu'elle entreprenait, mais qui seule pouvait sauver la Roumanie. De quels espoirs immenses et généreux ne durent-ils pas être remplis, lorsque l'intervention providentielle de la Russie rendit possibles des réformes, qu'on aurait pu auparavant taxer d'utopies et de chimères !
Le tableau enfin que nous avons tracé de la domination phanariote nous a montré
combien le mal avait poussé profondément ses racines. Ce n'était pas en quelques mois, ni même en quelques années, qu'on allait pouvoir l'extirper : pour apprécier avec justice l'œuvre des princes indigènes, il faut tenir compte de tous les obstacles auquels ils se sont heurtés, de toutes les résistances dont il leur a fallu triompher.
Telles sont les raisons pour lesquelles nous avons cru nécessaire de consacrer quelques développements à cette période qui a laissé dans l'esprit des Roumains tant de souvenirs néfastes.