‹ Les Roumains, tome premier. [Par] James CaterlyChapitre 20 sur 51 · I. A. SOREL, La question d'Orient au XVIIP siècle, p. i6o · texte numérisé non relu

I. A. SOREL, La question d'Orient au XVIIP siècle, p. i6o

On s'étonne qu'au début du xix" siècle l'Empire ottoman soit encore en possession des Principautés. Il le doit bien moins à sa propre force qu'aux dissensions de l'Autriche et de la Russie. Pour toutes deux les Principautés seraient d'un prix inestimable. Pour la Russie, c'est l'accès de Constantinople et de la mer Noire : aussi de 171 1 à 181 2 les armées russes pénètrent-elles cinq fois dans les Principautcs ; l'identité de religion fournit un prétexte à la sollicitude intéressée que la Russie montre pour la ^Moldavie et la Vala chie ; et peut-être le succès le plus décisif de sa politique orientale au xvm'' siècle est-il précisément d'avoir pu obtenir du traité de Kainardji (1774) que le Divan lui reconnaisse officiellement la qualité de protectrice des chrétiens grecs ; ce sera la porte ouverte à toutes les interventions dans l'Empire ottoman...

Pour l'iVutriche, les Principautés ne sont pas d'un moindre prix. Elles compléteraient à merveille les domaines de la monarchie

des Habsbourg, qui est proprement le pavs du Danube.

<( Le versant oriental des Karpathes serait une bonne ligne de défense pour les armées impériales, en cas de défaite ; les Principautés, continue le mémoire autrichien auquel ces lignes sont empruntées ', renferment des richesses minérales, végétales et animales de toutes sortes ; elles pourraient nourrir une armée fort nombreuse ; la Moldavie met en communication directe la Galicie et la Lodomérie avec la Transylvanie. »

Mais précisément parce que les Principautés apporteraient à celle des deux monarchies qui les engloberait dans ses frontières un surcroît de force décisif, ni la Russie ni l'Autriche ne veulent à aucun prix s'abandonner cette proie l'une à l'autre. Parfois elles songent à se mettre d'accord et à partager à l'amiable les possessions européennes

I. Le texte de ce mémoire est dans Aricesci', ^Ic/ts j'iislificatifs de l'histoire de la Révolution roumaine de 182 1- Craiova, 1874, p. 16.

de l'Empire ottoman : mais elles ne parviennent pas à s'entendre. Ce sont des propositions curieuses que celles que la Russie faisait en 1771 à l'Autriche par l'intermédiaire du comte Massin '. Les Turcs une fois chassés d'Europe, on pourrait réorganiser le pays de deux manières : ou bien l'Autriche prendrait la Serbie, la Bosnie, l'Herzégovine, l'Albanie et la Macédoine jusqu'à la Morée : et le reste, avec les Principautés, Constantinople et les Dardanelles, reviendrait à la Russie. Ou bien on aurait recours à la combinaison suivante : un rovaume de Constantinople serait constitué avec l'Archipel, la Macédoine, l'Albanie, la Roumélie : la Russie en aurait l'investiture. Elle-même s'étendrait sur la rive gauche du Danube et sur la mer Noire ; la Crimée serait mise sous le protectorat russe. Quant à l'Autriche, elle s'emparerait de la Serbie, de la Bulgarie, de l'Herzégovine, de la Valachie entre le Danube et l'Olto. La Morée

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