‹ Les Roumains, tome premier. [Par] James CaterlyChapitre 22 sur 51 · I. Alex. Helladios cité par Xén'OPOL · texte numérisé non relu

I. Alex. Helladios cité par Xén'OPOL

empruntée à un voyageur, qui revint de Constantinople en Angleterre par la Roumanie en 1764. Ce voyageur, un nommé Christophe-Guillaume Liidecke, s'arrêta dans un monastère de Moldavie et y passa quelques jours. Le soir, après le souper, la conversation étant tombée à un certain moment sur la poésie, il dit aux moines que l'Angleterre comptait des poètes de grande valeur; cette assertion fit beaucoup rire les moines, qui ripostèrent que la langue anglaise était tellement dure, qu'elle ne pouvait servir d'organe à la poésie. Ils parlaient le grec, le latin et l'italien et ils lui demandèrent si Londres était en Angleterre ou l'Angleterre dans Londres, sans s'étonner nullement de leur ignorance à ce sujet.

Cette culture grecque fut par elle-même complètement stérile. Bien qu'elle s'alimentât aux chefs-d'œuvre de l'antiquité et aux productions les plus sublimes du génie humain, elle ne donna aucun fruit : la raison en est que des études grammaticales minu-

tieuses absorbaient presque exclusivement les élèves ; ceux-ci ne retiraient de leurs efforts que la connaissance pratique de la langue grecque moderne, dont ils ne se servaient que pour écrire des livres pauvres de stvle et d'idées.

Elle ne valut guère que comme gymnastique intellectuelle.

Les Phanariotes ont, sur le chapitre du mouvement des idées, d'autres titres (et ce sont à peu près les seuls qu'ils puissent invoquer), à la reconnaissance des Roumains.

Ils furent les intermédiaires entre les Principautés et la France : le rôle qu'ils jouèrent s'explique de la manière la plus simple du monde.

Les princes phanariotes — qui recevaient le trône de l'une ou de l'autre des Principautés— en récompense des services rendus par eux à Constantinople, devaient, en leur qualité de drogmans, posséder la langue dont on se servait en diplomatie : cette langue

fut d'abord l'italienne, puis la française. C'est ainsi que peu à peu les princes phanariotes durent nécessairement connaître le français. Ils eurent bientôt des secrétaires français, pour eux-mêmes et, pour leurs enfants, des précepteurs français : car ignorer le français, c'était se fermer la porte des plus hauts emplois. La vivacité de ces Français plut bien vite aux boyars roumains ; à l'imitation des princes phanariotes, les grandes familles voulurent avoir leurs précepteurs français, souvent à la fois maîtres de danse et de piano. Ce fut une note gaie jetée, vers la fin du xviii" siècle, dans cette société si sombre ; avec les Français s'implantèrent les modes françaises ; on se piqua à Bucarest de ^ politesse française ); ; la connaissance du français devint bientôt un brevet d'élégance dans cette société si préoccupée de paraître. La communauté d'origine entre Français et Roumains opéra silencieusement son œuvre : sans que ni les uns ni les autres s'en aperçussent, le succès

loo LES ROUMAINS.

des danses, des modes, des manières françaises en Roumanie, montra que ces deux nations étaient issus d'une même souche latine. Des modes aux idées françaises, il n'y avait qu'un pas : il fut vite franchi.

Bientôt on traduisit les œuvres de Voltaire, de Montesquieu même, surtout celles de Marmontel et de Florian. De progrès en progrès on en vint à lire les ouvrages français dans le texte.

Quand les romans de M'"'' de Staël parurent, ils trouvèrent des lecteurs et des lectrices en Moldavie et en Valachie. Voici une piquante anecdote que rapporte, d'après un voyageur, M. Xénopol '. c( Ce voyageur, un certain Kosmaly, qui passa en 1821 par Jassy, y trouva, dans l'appartement d'une grande dame, un exemplaire de Corinne.

L'ouvrant par hasard, il vit quelques notes tracées au crayon en marge, qui reproduisaient les impressions que la maîtresse de la maison avait consignées en lisant le roman.

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