COLSON
Après Waterloo, après 181 5, après la chute de l'Empire, on se refusa longtemps, sur les bords du Danube, à croire au déclin définitif de ce météore qui avait fait trembler le monde et qui avait promis la liberté aux nations opprimées de l'Europe. Mais après la chute et la mort de Napoléon, la situation de l'Europe changea rapidement, l'équilibre Européen s'était modifié. Les événements extraordinaires de 1814 et 181 5 avaient fait du czar Alexandre le plus puissant des monarques, et l'arbitre de l'Europe. Il se présentait comme le pacificateur et le bien-
I. L'auteur de cette lettre a habité longtemps la Valachie; il a été attaché durant de longues années à la maison du B.ivar Philippesco, de Drajna; il ne faut pas le confondre avec M. Colson, venu plus tard d Bucarest comme secrétaire du consul de France, le marquis de Châteaugiron.
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faiteiir des peuples ; son rêve était de relever le prestige de la Russie orthodoxe chez les peuples orthodoxes de l'Orient. Son successeur, le czar Nicolas, les veux fixés sur Constantinople, se proclamait, lui et ses armées, les libérateurs de tous les chrétiens soumis au joug des Turcs.
Les Moldo-Valaques tournèrent dès lors leurs regards vers la Russie; celle-ci remplaçait la France dans leurs espérances.
Aussi, quand, en 1828, les armées de l'empereur Nicolas passèrent le Pruth et vinrent occuper les Principautés, les Russes furentils reçus avec enthousiasme et comme libérateurs.
On a dit avec raison, que si le relèvement des Moldo-Valaques était dû en grande partie à l'influence française, cette influence fut apportée surtout par les armées russes L'observation et le fait sont justes. Les Russes, sous l'impulsion de leurs Czars, avaient subi, durant tout le xviii'' siècle, aussi bien que les Moldo-Valaques, sous l'im-
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pulsion des Phanariotes, rinfluence française. Les Czars : Pierre le Grand, les impératrices Anna Ivanovna, Elisabeth, Catherine II, l'empereur Alexandre en dernier lieu, avaient poursuivi l'idée ambitieuse de mettre par la langue et les manières françaises la Russie au niveau des grands Etats civilisés de l'Europe. La littérature, les salons, le théâtre étaient devenus tous français à Pétersbourg. Grâce aux nombreuses écoles dirigées par des professeurs français, grâce aux savants, aux artistes attirés sur les bords de la Neva, un français classique, correct et pur était devenu la langue familière, la langue des salons, la langue officielle de la Russie.
L'armée russe occupa en 1828 les Principautés Moldo-Valaques. Ignorant l'idiome du pays, les Russes durent avoir recours à la langue française parlée déjà couramment sur les bords du Danube. Leurs relations avec les habitants qui ne savaient pas la langue russe, leurs rapports avec l'administration, leurs affaires journalières se trai-
tèrent au moyen du français. On a donc pu dire avec raison que, grâce aux occupations russes, l'influence de la langue française fut dominante dans les Principautés. Il ûiut reconnaître également que lorsque les armées russes évacuèrent la Valachie et la ^Moldavie en 1834, ils y laissèrent une langue française mieux prononcée, plus correcte, et, par surcroît, l'usage et les manières polies de l'Occident, c'est-à-dire une civilisation plus avancée que celle que les Roumains avaient connue sous les Phanariotes.