‹ Les Roumains, tome premier. [Par] James CaterlyChapitre 26 sur 51 · LA RUSSIE ET LES PRINCIPAUTÉS · texte numérisé non relu

LA RUSSIE ET LES PRINCIPAUTÉS

De Pierre le Grand au traité d' Andriiioplc.

La domination russe qui aboutit à la réorganisation des Principautés, ne doit pas apparaître comme un accident historique.

C'est le terme d'une longue suite d'efforts tentés par la Russie en faveur des Moldaves et des Valaques, c'est l'aboutissement logique d'une politique mûrement conçue et poursuivie avec persévérance. Dès la fin du XVII'' siècle, la Russie n'a plus qu'un but : chasser les Turcs hors d'Europe, et elle le poursuit désormais avec une inlassable ténacité. La politique des Czars n'est si constante dans ses desseins que parce qu'elle pousse

ses racines dans l'âme même de la nation russe : en chassant les Turcs on délivrera les chrétiens qu'ils oppriment. La croix grecque debout sur le croissant renversé, emblème qui surmonte les églises de Moscou, est le symbole le plus expressif des aspirations et des vœux de la nation russe.

Aussi voyons-nous le duel s'engager entre la Russie et la Porte dès que Pierre le Grand a donné à son empire les forces suffisantes pour entreprendre cette tâche sacrée. Les chrétiens de l'Empire ottoman vont-ils, ainsi que la tradition le leur promet, être délivrés du joug turc par des hommes blonds venus du Nord? Il ne le semble pas tout d'abord.

Pierre le Grand est contraint de reculer devant les Turcs : il ne doit qu'à la corruption ottomane d'obtenir le traité du Pruth signé à Falciou en 171 1. Anna Ivanovna n'est pas plus heureuse quelques années après : à Belgrade (1740) la Turquie tient tous ses ennemis en échec : l'Autriche, qui, en 171 8 à Passarovitz, s'était emparée de la petite

Valachie, doit la restituer au Grand Seigneur, et la Russie elle-même, dont les armées victorieuses ont occupé la Moldavie, Choczim, Otchakof, Kinburn et l'embouchure du Dnieper, doit néanmoins abandonner ses conquêtes : une clause spéciale du traité ferme la mer Noire au pavillon russe, pavillon de guerre ou pavillon marchand.

Mais c'est le dernier triomphe des Turcs. Dès que la grande Catherine monte sur le trône, la Russie marche à pas de géant. Elle s'érige en protectrice officielle des chrétiens de l'Empire ottoman et surtout de ceux qui sont les plus proches de ses frontières : des Roumains. La Porte lui reconnaît cette qualité en 1774 à Koutschouk- Kaïnardji. C'est un acte capital dans l'histoire du développement de la puissance russe en Orient. Jamais traité ne fut plus fertile en conséquences heureuses pour un pays que ne le fut, pour la Russie, celui de 1774. Elle ne se fait pas seulement ouvrir la mer Noire : elle obtient en faveur des Principautés rou-

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maines des clauses qui font d'elle véritablement la protectrice de la Moldavie et de la Valachie; les Turcs demeurent bien les suzerains des Principautés, mais c'est sous le contrôle de la Russie ; en vertu de l'article i6, le Sultan s'oblige <( à user de toute l'humanité et de toute la générosité possibles dans l'imposition des tributs >• ; les envoyés des Principautés à Constantinople seront de religion chrétienne et placés sous la protection du droit des gens; la Porte promet d'avoir égard aux (( représentations )» que les ministres russes viendront lui faire en faveur des Principautés.

i( Tout l'échafaudage des stipulations du traité de Kaïnardji, écrivait au lendemain de sa signature l'agent autrichien à Constantinople, Thugut ', est un modèle d'habileté de la part des diplomates russes et un rare exemple d'imbécillité de la part des négociateurs turcs. Par l'adroite combinaison des articles de ce traité, l'Empire ottoman de-

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