I. Gexïz, Dépêches, t. III, p. 115, Grég. Ghika, i6 avril
mates les plus versés à cette époque dans les affaires d'Orient, l'évacuation des Principautés n'a jamais eu lieu effectivement : les milices qui s'y trouvent aujourd'hui ne sont pas des beschlis dans l'ancienne acception du mot, mais de véritables troupes turques commandées par des officiers turcs, indépendants de la nomination, de l'investiture, des ordres des hospodars; le rappel des basch-besch-liagas, obtenu par le ministre d'Autriche et leur remplacement par des individus d'un grade inférieur, est une mesure illusoire ; dans le fait, la Moldavie et la Valachie sont toujours militairement occupées, et la Porte n'a rien fait pour ramener l'ancien état de choses. ))
Le czar Nicolas n'était pas homme à laisser se prolonger une pareille situation. Il demanda à la Porte une satisfaction immédiate : dans l'ultimatum qu'il lui adressait le 17 mars 1826, il exigeait que les Principautés de Moldavie et de Valachie fussent rétablies, aux points de vue politique, militaire et civil,
dans l'état où elles se trouvaient avant 1821. La Sublime Porte dut céder : le 12 mai 1826 elle acceptait l'ultimatum ; peu après des conférences s'ouvraient àAckermann, sur le territoire russe : elles aboutirent le 7 octobre à un traité.
Celui de Bucarest était expressément confirmé dans sa teneur générale. La Porte s'engageait à renouveler dans les six mois de la ratification le hatti-chérif de 1802. Un acte séparé stipulait que les hospodars seraient élus pour sept ans par les Divans locaux, parmi les boyars indigènes, sous la condition de l'agrément de la Porte. La Sublime Porte s'interdisait de destituer ces hospodars sans motif légitime ; en tout cas, il fallait que la cour de Russie eût la preuve qu'un délit avait été effectivement commis par l'hospodar. L'assentiment de la cour de Russie était nécessaire pour la réélection des princes ainsi que pour leur abdication, qui ne devenait définitive qu'après un accord préalable des deux cours. Les hospodars devaient prendre en considé-
ration les représentations du ministre de S. M. Impériale et celles que les consuls de Russie leur adresseraient d'après ses ordres. Enfin, la nécessité d'opérer des réformes était proclamée par l'acte séparé, u Les hospodars, y était-il dit, seront tenus de s'occuper sans le moindre délai avec les Divans respectifs des mesures nécessaires pour améliorer la situation des Principautés confiées à leurs soins. Ces mesures feront l'objet d'un règlement général pour chaque province, lequel sera mis immédiatement à exécution. );
C'est dans cette dernière disposition qu'il faut chercher la source du règlement organique dont les Principautés allaient être dotées quelques années plus tard. Le traité d'Andrinople la renouvela le 2 septembre 1829. La convention d'Ackermann fut confirmée. Les Principautés obtinrent diverses extensions de territoire, et notamment les villes turques de Giurgiu et de Braïla. Un acte séparé stipula que les hospodars seraient élus à vie par la nation. Enfin^ en
vertu du dernier article de l'acte séparé, » la Sublime Porte, désirant assurer de toutes les manières le bien-être futur des deux Principautés, s'engageait volontairement à confirmer les règlements administratifs qui, durant l'occupation de ces deux provinces par les armées de la cour impériale, auraient été faits, d'après le vœu exprimé par les assemblées des plus notables habitants du pays et qui devaient, à l'avenir, servir de base pour le régime intérieur des deux provinces ».
Telle fut la longue suite d'efforts par lesquels les Russes acquirent peu à peu à l'égard des Principautés la situation qui les mit en passe de présider à une organisation nouvelle de la Valachie et de la Moldavie. L'occupation des Principautés par les Russes ne fut donc pas le résultat plus ou moins contingent des circonstances de l'heure présente. Elle fut la conséquence nécessaire d'événements historiques répartis sur un grand nombre d'années, mis à profit et souvent
ménagés par une politique habile et persévérante.
Quand les Russes évacuèrent les Principautés, celles-ci étaient pourvues d'institutions bienfaisantes, qui forment aujourd'hui encore la base de l'administration de la Roumanie.
Qu'étaient ces institutions, à qui convientil d'en attribuer la paternité, c'est ce qu'il importe maintenant d'indiquer en quelques mots.