‹ Les Roumains, tome premier. [Par] James CaterlyChapitre 34 sur 51 · T56 LES ROUMAINS · texte numérisé non relu

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jours du règne, à toutes les mesures que proposa Bibesco. Comme l'écrivait le général KisselefFà un boyar roumain le 14 avril 1844, l'opposition ne fut pas une de ces oppositions a salutaires, utiles, protectrices des intérêts réels du pays)», mais une de celles ((qui déclament et tracassent pour embrouiller et renverser )>.

On le vit bien lors de la discussion d'un projet de remaniement du Code sur la matière du régime dotal. Quoique ce projet fût très sage, l'assemblée le rejeta. Bien plus : on répandit contre le prince Bibesco des calomnies odieuses ; on prétendit que l'hospodar avait voulu se ménager le droit d'hypothéquer les biens de sa femme, alors qu'en réalité le projetne contenait pas un mot qui pût se rapporter à ce droit. Le prince prorogea l'assemblée, et après avoir confié le gouvernement de la Valachie à B. Stirbey, nommé ministre de l'intérieur, il se rendit à Constantinople pour se faire investir par la Sublime Porte.

De retour à Bucarest, le prince convoqua à nouveau l'assemblée. Il la trouva animée des mêmes sentiments qu'auparavant, hostile de parti pris à tous les actes de son administration. La demande de concessions minières qu'un Russe nommé Trandafiloff avait adressée au prince Bibesco, et que le conseil administratif avait approuvée d'accord avec le prince, fut l'occasion d'un second conflit avec l'assemblée et d'une campagne qui ne le céda en rien en perfidie à la première : on affecta de croire que cette concession n'avait qu'un objet, celui d'installer les Russes au cœur même du pays, de les mettre en possession de toutes les richesses minières et de préparer l'absorption de la Valachie dans J'Empire. Le prince Bibesco dut abandonner ce projet de concession qu'il ne proposait pourtant d'accorder que d'une manière strictement conforme au Règlement organique et dont les conséquences eussent été excellentes au point de vue du développement économique du pays.

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Le rejet d'un projet de loi relatif à l'augmentation de la milice persuada définitivement le prince de l'impossibilité qu'il y avait à gouverner avec une pareille assemblée : il demanda et obtint de la Porte un firman qui lui laissa le soin (( d'ajourner la réouverture de l'assemblée générale jusqu'au jour où il considérerait que les esprits égarés sont rentrés dans la voie du bien, c'est-à-dire aussi longtemps qu'il le jugerait nécessaire ».

Débarrassé de l'assemblée, le prince Bibesco put alors gouverner d'une manière effective.

C'est à cette époque que des routes nationales furent construites, qu'un pont fut jeté sur rOlto, que Bucarest fut assaini et embelli par la chaussée Kisseleff, par la création de fontaines, par l'érection d'un théâtre. Une gestion financière heureuse des deniers publics permettait d'accumuler dans la caisse centrale des réserves qui se montaient en 1846 à quatre millions de piastres.

Les pouvoirs de l'assemblée prorogée expi-

raient en 1846. Le prince Bibesco se préoccupa d'assurer une composition plus heureuse de la nouvelle assemblée et de diminuer le nombre des éléments de l'opposition. Il y parvint en faisant appliquer à la lettre l'article 46 du Règlement organique, qui faisait du domicile réel dans les circonscriptions électorales une condition absolue d'éligibilité. Les grands boyars qui habitaient Bucarest se trouvèrent évincés de la sorte et dix-neuf petits bovars, favorables au prince, les remplacèrent dans l'assemblée.

La loi sur l'instruction publique fut votée sans difficulté : des écoles primaires et des écoles réaies gratuites, des écoles secondaires payantes furent instituées. Un lycée français fut fondé afin de permettre aux jeunes gens des grandes familles de trouver dans leur pays même l'enseignement qu'ils allaient jusqu'alors chercher à l'étranger. Les Moldaves résidant en Valachie reçurent la faculté d'acquérir les droits de citoyen valaque par une simple demande adressée au prince. Les

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douanes entre la Moldavie et la Valachie furent supprimées le 31 mars 1847, mesure bien propre à assurer une pénétration plus intime des deux Principautés.

L'activité du prince ne se signalait pas seulement par des mesures législatives : une surveillance incessante, exercée sur tous les fonctionnaires, avait rétabli l'ordre dans h\ justice et dans l'administration. Toutes les fautes commises par les juges et par les préfets ou sous-préfets avaient été punies d'une manière très ferme.

Pour mener à bien cette œuvre considérable, le prince Bibesco avait trouvé un collaborateur infatigable et dévoué en son frère B. Stirbey. Celui-ci fut ministre de l'Intérieur pendant trois années (29 juin 1843-30 juin 1846), c'est-à-dire pendant la période où furent élaborés tous les projets de loi qui devaient être soumis à la seconde assemblée.

Cependant des événements critiques se préparaient dans toute l'Europe et les Prin-

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cipautés allaient offrir un merveilleux terrain pour l'éclosion des idées révolutionnaires qui, à la fin de février 1848, provoquaient à Paris la chute de la royauté de Louis-Philippe. Les sociétés avouées ou secrètes dont le but était de favoriser le sentiment national n'avaient cessé de grandir en nombre et en force sous le règne de Bibesco ; on avait pu mesurer toute leur influence lors de l'affaire Trandafiloff. L'Autriche et la Russie, inquiètes d'un mouvement qui les menaçait toutes deux, — l'Autriche parce qu'on lui faisait grief de posséder des territoires roumains, la Russie parce qu'on la représentait comme maintenant sous une tvrannie matérielle et morale les Principautés, — s'étaient émues : elles avaient fait dissoudre la Société philharmonique et supprimer les cours supérieurs des écoles de Bucarest et de Jassy. Vaines mesures ! Une société secrète nou^ velle fondée par Héliade recueillit tous les anciens adhérents de la Société philharmonique. Aussi l'émeute parisienne eut-elle un

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