I. Archives des Aft'aires Etransières
tous les autres membres du Gouvernement m'engagèrent à m'expliquer avec lui avec plus d'abandon; c'est ce que je fis dans une conversation qui, adoucie encore et répétée avec l'art qu'il possède, établit ma situation et la nature de mon action dans le pays, et me dispensa de toute autre explication avec les Boyars.
M. Stirbey me priant de lui faire connaître la manière dont j'envisagerais la situation de ce pays et la conduite qu'il pourrait adopter envers la Russie : Aussi longtemps que la paix générale et l'état actuel des choses subsisteront en Europe, lui dis-je, une nécessité plus forte que les volontés des hommes me paraît livrer ce pays à l'influence absolue de la Russie. Je ne saurais vous conseiller d'élever contre elle une lutte qui arrêterait le développement qui s'opère chez vous. Il me semble que vos soins doivent se borner, d'ici à quelques années, à tempérer l'influence russe et à l'empêcher de trop abuser. Vous y réussirez en vous appliquant à vous faire
de plus en plus connaître à l'Europe, à attirer ses regards sur ce qui se passe chez vous. Tout ce qui fera parler de vous rentrera sous ce rapport dans votre véritable politique. Faites donc écrire dans nos journaux, ne fûtce même que dans des feuilles littéraires. Mettez-y, si vous voulez, en discussion, l'idée répandue parmi vous de faire des Principautés un grand-duché de Dacie ou une confédération Danubienne. Tâchez de nous accoutumer avec vos noms, avec vos productions, avec vos magnifiques paysages des Karpathes, avec votre histoire, avec les particularités de vos mœurs et de votre existence. Continuez à envoyer vos enfants étudier chez nous, à vous servir d'une langue qui vous associe de plus en plus au mouvement intellectuel de l'époque; que l'Europe s'accoutume à l'idée qu'il existe une nation valaque ; que l'on connaisse l'importance de cette nation ; que l'on éprouve pour elle la sympathie que provoquent ses efforts pour se dégager du triste
LES ROUMAIXS. sot
héritage d'ignorance et de corruption que lui a légué une aussi longue oppression, que l'on sache vos premiers progrès dans le Gouvernement constitutionnel; que l'on voie, à la faveur des facilités que vous donnerez au commerce, se multiplier vos relations avec les autres peuples; que l'amélioration de vos mœurs publiques et privées fasse comprendre que vous êtes capables de quelque chose de plus que de borner votre vie à la jouissance des plaisirs de Bucarest. Créez-vous aussi dans les esprits cette force d'opinion, cette existence morale qui doit précéder dans les nations l'existence politique et, sans trop vous tourmenter d'un avenir dont il ne vous est pas donné de disposer par vous-mêmes, vous pourrez alors en attendre les chances avec plus de sécurité et de confiance.
Ces conseils rentraient trop bien dans le caractère de M. Stirbev pour ne pas être accueillis avec faveur
Signé : Le B"" de Bois le Comte.