CONGRÈS DE PARIS
Le Congrès de Paris s'ouvrit le 25 février 1856. Les puissances vêtaient représentées : la France par le comte Walewski et le baron de Bourquenev; l'Angleterre par lord Clarendon et lord Cowlev; l'Autriche par le comte Buol et le baron de Hiibner ; la Turquie par le grand vizir Aali-Pacha et Mehmet-Djemil Bev ; la Sardaigne par le comte de Cavour et le marquis de Villa Marina. Chaque puissance, comme on le voit, y avait envové son ministre des Affaires étrangères, secondé par son ambassadeur à Paris.
Après avoir réglé tout d'abord la suspension des hostilités en fixant les bases d'un armistice, le Congrès imposa à la Russie la
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neutralisation de la mer Noire, puis passa à la navigation libre du Danube. Par une disposition particulière des préliminaires de la paix, un territoire avait été cédé par la Russie à l'Empire ottoman, le Congrès en fit retour aux Principautés du Danube, dont il avait été distrait par le traité de Bucarest en 1812. A la suite de cette rectification de frontières, la question des Principautés fut mise naturellement en discussion. Le comte Walewski jugea qu'il était tout d'abord. indispensable de délibérer sur la question de la réunion en une seule principauté de la Moldavie et de la Valachie. Le baron de Bourqueney rappela qu'aux conférences de Vienne, la France avait déposé un acte qui avait été annexé au protocole de Vienne n° 6. Cette discussion fut instructive ; car ce fut une occasion pour chaque plénipotentiaire d'expliquer, en toute franchise, les intérêts et les vues de son gouvernement dans la question orientale. Il est intéressant de les rappeler ici brièvement : l'Autriche,
la Turquie, l'Angleterre furent opposées à la réunion des deux Principautés. L'Autriche entrevoyait un danger européen, dans la formation sur le Danube sous un seul gouvernement de 5 ou 6 millions de Roumains ; dans l'orfranisation d'une nationalité nouvelle qui acquerrait sous le sentiment de son individualité les moyens les plus efficaces pour créer des embarras à ses voisins. Elle ajoutait, en y insistant, que le prestige de la suzeraineté de la Porte ne pouvait qu'en être diminué. Il était facile de comprendre à ce langage que l'Autriche déguisait, la crainte de voir surgir un jour un nouveau Piémont sur son flanc oriental.
La Turquie parla en puissance suzeraine ; elle opposa le droit qu'elle possédait de temps immémorial, elle entrevoyait dans la réunion en un seul État des deux Principautés Moldo-Valaques, une nouvelle Grèce conspirant au renversement de la puissance ottomane alors que l'Europe s'engageait à en garantir l'intégrité. L'Angleterre, très réser-
vée dans la question de la réunion des Principautés, se contenta de déclarer que le Cabinet de Londres ne trouvait de légitime et de respectable en Orient que la domination ottomane. <( Je ne pense pas, disait lord Palmerston au Parlement, que l'Europe eût pris les armes pour défendre les Principautés contre la Russie, si cette invasion n'avait été considérée comme un empiétement sur la Turquie. » Pour le Cabinet de Londres, l'intégrité de l'Empire ottoman devenait un dogme politique.
Les autres puissances acceptèrent le principe de l'Union en s'appuyant sur les besoins et les vœux des deux Principautés.
La Russie adhéra simplement à cette acceptation de l'Union. Elle avait compris que le protectorat qu'elle avait exercé sur la Moldavie et la Valacliie avait pris lin ; que les privilèges conférés à ces Principautés seraient placés désormais sous la garantie collective des puissances contractantes.
Etait-ce la crainte de voir passer à l'Autriche,
dont l'armét; venait d'occuper les Principautés, le protectorat que les Czars avaient exercé? Était-ce la perspective de voir l'influence autrichienne se substituer à la sienne? — Toujours est-il que la Russie se rallia à l'idée de l'Union.
Les plénipotentiaires ne purent cependant arriver à une entente; l'union des Principautés avait soulevé de sérieuses objections. Il fut décidé que la question serait ajournée et qu'on consulterait d'abord le vœu des populations. On se bornerait à consigner au traité les bases du régime politique et administratif destiné à régir désormais les Provinces danubiennes, en convenant que les parties prendraient dans le plus bref délai une décision à ce sujet.
Comme on le voit, le traité de Paris consacrait une situation nouvelle en Europe ; — par les garanties les plus efficaces il établissait l'indépendance et l'intégrité de l'Empire ottoman; il dépossédait la Russie de toutes les positions dont elle avait abusé en Orient :
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La conquête de l'Empire ottoman avait été menacée de front par les Czars par deux côtés à la fois, parle Caucase et parles Principautés du Danube ; pour agir avec sûreté, la Russie avait été obligée d'atteindre la mer Noire et de s'y établir solidement. Sébastopol n'existant plus, le traité de Paris imposait aujourd'hui à la Russie la neutralisation de la mer Noire, supprimait le protectorat exclusif de la Russie dans les Principautés; établissait la liberté de navigation sur le Danube ; reconnaissait aux nationalités chrétiennes, soumises à la suzeraineté de la Turquie, le droit d'organiser leur régime politique et administratif; leur ouvrait la voie à un affranchissement futur; proclamait enfin une protection générale sur toutes les populations chrétiennes de l'Empire ottoman sans distinction de religion ni de race.
Ce traité mettait l'Orient à l'abri de ces crises qui depuis un demi-siècle avaient constamment préoccupé et inquiété l'Europe.
Les principales stipulations de ce traité furent
conclues le 30 mars. Le Congrès régla le 4 avril l'évacuation des territoires occupés par les armées belligérantes, en exigeant que leur mouvement de retraite commençât immédiatement après l'échange du traité de paix.
Les troupes autrichiennes n'évacuèrent les Principautés qu'en 1857.
Le Congrès, qui n'avait pu s'entendre sur la question de l'union des Principautés, avait convenu que la Porte convoquerait à Bucarest et à Jassy des assemblées ou Divans destinés à faire connaître quels étaient réellement les vœux de chacune des deux Principautés relativement à une organisation définitive. Une commission internationale fut donc chargée de se rendre dans les Principautés. Elle devait s'enquérir de leur état actuel, prendre en considération l'opinion, les vœux émis par les deux Divans après avoir assuré la sincérité et la liberté aux élections
Le Divan de Moldavie devait s'ouvrir le
premier le 4 octobre 1857, celui de Valachie
le 1 1 octobre de la même année.