‹ Les Roumains, tome premier. [Par] James CaterlyChapitre 45 sur 51 · DANS LES PROVINCES DANUBIENNES · texte numérisé non relu

DANS LES PROVINCES DANUBIENNES

Lorsque Ft-mpereur Nicolas avait fait occuper la Moldo-Valachie, la Confédération Germanique avait trouvé qu'une occupation des territoires du bas Danube mettait en danger ses intérêts politiques, moraux et matériels; nous avons indiqué précédemment que l'Autriche et la Prusse avaient pour cette raison signé (le 30 avril 1854) un traité par lequel elles s'engageaient à déclarer la guerre à la Russie si celle-ci attaquait les Balkans, ou si elle songeait à incorporer les Principautés danubiennes ; nous avons indiqué également comment l'Autriche peu de temps après (14 juin 1854) concluait de son

côté une convention avec la Porte pour imposer à la Russie l'évacuation des Principautés, et contractait l'obligation de les occuper et d'v établir d'un commun accord avec la Porte un modiis vivendi fondé sur les privilèges assurés par le Sultan. En vertu de cette convention, les troupes autrichiennes entrèrent dans les premiers jours de juillet en Moldo-Valachie. A mesure que les armées russes évacuaient le pays, l'armée autrichienne, sous les ordres du général Coronini, avançait, tout en sauvegardant la susceptibilité des Russes.

L'occupation autrichienne fut accomplie en commun avec les Turcs, commandés par Omer-Pacha.

Malheureuses et pauvres Principautés Roumaines! Elles avaient eu la joie de voir l'occupation russe prendre fin ; elles s'étaient attachées à l'espoir que le théâtre de la guerre allait être transporté loin de leurs frontières ; elles avaient presque la certitude qu'elles allaient échapper pour longtemps

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aux horreurs de la guerre, et voilà que subitement une nouvelle et double occupation turque et autrichienne venait les mettre en face d'éventualités inattendues et peut-être plus irritantes.

Et cependant, à leur grand honneur, ces populations pleines de foi et animées d'un noble patriotisme supportèrent cette occupation avec un sentiment de sécurité et de confiance, car elles la savaient accomplie en commun avec les puissances occidentales qui leur étaient bienveillantes.

En septembre 1854, le général Coronini annonçait que l'empereur d'Autriche, ayant pris l'engagement de rétablir l'ordre légal dans les Principautés, invitait le prince Stirbey et le prince Ghika à reprendre les rênes de leur Gouvernement respectif, le premier en Valachie, le second en Moldavie.

Le retour de leurs deux princes régnants amena le calme dans les esprits, l'espoir dans tous les cœurs des Moldo-Valaques.

Mais que pouvaient faire ces deux princes

dans les conditions où ils retrouvaient leur pays ? Quelle autorité pouvaient-ils exercer sous cette double tutelle étrangère ? Tous les yeux étaient fixés sur la lutte gigantesque qui durait depuis plus d'un an en Crimée. L'attention de l'Europe était concentrée sur les opérations du siège de Sébastopol. Tous les esprits en attendaient avec anxiété le dénouement.

Au milieu de ces circonstances difficiles, la situation des Principautés, manquant de force et de stabilité, et la nation perdant chaque jour le sens de la loi, le sens de l'Etat, ne pouvait être que provisoire et indécise, l'administration intérieure ne pouvait présenter qu'un état d'hésitation et d'attente. Tout ce qui était ou tentait à être le désordre se trouvait ligué contre ce qui figurait l'ordre, c'est-à-dire le Gouvernement léîjal des princes indigènes, reconnu par les puissances.

En France, des journalistes, usés dans les conspirations, dans le journalisme malsain et salarié, étaient inspirés par les jeunes Rou-

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mains, révolutionnaires de 1848, réfugiés à Paris. Ceux-ci se plaisaient à jeter la médisance et la calomnie sur les chefs de leur pavs avec l'espoir de renverser l'ordre social par une révolution. Ils étaient encouragés par des hommes éminents, tels que Michelet, Ouinet, Regnault, qui ignoraient totalement l'état de ces populations du Danube. En même temps, à l'intérieur, les intrigues ourdies par le parti des vieux boyars, jetaient la confusion dans les idées des populations et paralysaient l'action directe des princes. Nous avons trouvé dans la correspondance politique de S. A. le prince Stirbey, recueillie par M. Jorga (page 340), un rapport fort curieux et fort intéressant du prince Georges Stirbev sur les intrigues du consul général de France, M. Poujade. Celui-ci travaillait à préparer la candidature d'un Ghika, famille à laquelle appartenait M""' Poujade, au trône des Principautés du Danube. M, Poujade fut immédiatement rappelé, dès que ces intrigues furent portées à la connaissance du

Cabinet des Tuileries, et remplacé provisoirement par M. Tastu, consul à Jassy.

En juillet 1856, les deux princes Stirbev et Ghika abdiquèrent spontanément pour laisser à leurs concitoyens toute liberté d'émettre en toute sincérité leurs vœux concernant l'organisation définitive de leur patrie.

Un historien, en parlant à cette époque des deux princes qui venaient de faire leur devoir, écrivait avec une grande impartialité ces lignes que nous transcrivons :

<( Les événements de ces deux règnes appartiennent aujourd'hui à l'histoire ; mais jamais princes ne se trouvèrent peut-être dans des circonstances aussi difficiles. Comme le disait avec raison le prince Stirbey dans sa dernière proclamation : <( Rareinent un <( pays fut plus cruellement éprouvé par a une série non interrompue d'événements (( extraordinaires et malheureux que ne l'a f( été notre patrie depuis 1849 jusqu'à ce (( jour. ))

Dans l'ouvrage Le traite de Pixvis, ses causes, ses effets, par le chevalier Louis Debrauz de Saldapenna, conseiller de S. M, I. et Royale, l'empereur d'Autriche, nous trouvons in extenso la proclamation du prince Stirbey (pages 226 et suiv.).

a La proclamation, écrit M. Debrauz, que S. A. le prince Stirbey a adressée, en déposant ses pouvoirs, respire le plus noble, le plus sincère patriotisme. )>

(( Nous, Barbe-Dimitre Stirbey, prince régnant du pays Roumain, etc.

a Rarement un pavs a ressenti une suite d'événements extraordinaires et malheureux, telle que celle qui a si cruellement éprouvé notre patrie depuis 1849 jusqu'à ce jour.

<( Pendant sept années, qui n'ont été qu'une longue crise, nous avons toujours été dirigés par le sentiment de nos devoirs, et nous avons la satisfaction, d'après le témoi-

gnage de notre conscience, de n'avoir jamais été conduit par d'autres motifs.

« Aujourd'hui commence une nouvelle ère pour notre pays. Un commissaire de la puissance suzeraine et les commissaires des grandes puissances vont se réunir à Bucarest pour se rendre compte des désirs et des besoins du pays, afin de lui préparer et de lui assurer un avenir heureux et durable.

<( Pendant cette période de transition, une administration provisoire sera chargée de la direction des affaires du pays, jusqu'à ce que la nouvelle organisation qui doit être garantie puisse être mise en vigueur.

((. Nous avons en conséquence déposé les pouvoirs qui nous avaient été délégués, et nous remettons au Conseil extraordinaire d'administration la direction provisoire du pays. S. Exe. le ban Manuel Balliano, président du Conseil, et les autres chefs des départements continueront les affaires de leur ministère en ce qui les concerne, chacun d'eux, dans l'ordre observé jusqu'à ce jour,

conformément aux instructions qu'ils ont reçues, et exigeront tout le zèle que les circonstances réclament,

f( Il ne nous reste plus qu'un devoir à remplir, c'est de nous adresser aux bons sentiments de nos compatriotes et de les exhorter à agir en commun, avec accord, avec harmonie, le bien du pavs exigeant impérieusement le sacrifice d'intérêts personnels et de tout esprit de corporation et de parti exclusif.

a Le moment actuel est de la plus haute importance, l'avenir de notre pays en dépend ; un maintien calme, réfléchi et digne doit seul être regardé comme très efficace pour notre cause et répondre aux généreux sentiments de Sa Majesté le Sultan, et aux nobles intentions des grandes puissances.

(( Stirbey.

Contresigné, le secrétaire cf Etat :

(( Al. Plagino. »

25 Juin (7 Juillet) 1856.

Le prince régnant Ghika quitta la Moldavie, il alla se fixer à l'étranger où il finit dans une silencieuse retraite. Le prince Stirbey demeura dans son pays et sur la brèche. Il se fit élire membre du Divan valaque, convaincu que son devoir était de faire entendre sa voix dans ce congrès qui, grâce à la nouvelle situation de l'Europe, pouvait exprimer librement ses vœux sur l'organisation future de la Roumanie.

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