‹ Les Roumains, tome premier. [Par] James CaterlyChapitre 46 sur 51 · LES DIVANS LÉGISLATIFS · texte numérisé non relu

LES DIVANS LÉGISLATIFS

Le Divan de Valachie fut ouvert le dimanche II octobre. Il se formait de cinq classes de députés. La première catégorie d'électeurs était composée de prélats et de prêtres ; la deuxième des grands propriétaires ; la troisième des petits propriétaires; la quatrième, des communes rurales et des paysans. L'ex-prince régnant de Valachie, en venant prendre séance, choisit sa place au milieu du groupe des représentants de la campagne, de ces paysans dont il avait été le protecteur durant son règne, et qui, pour la première fois, étaient appelés à faire valoir leurs intérêts et à concourir aux destinées de la patrie commune.

LES ROUMAIXS. 269

Nous avons lu avec attention les procèsverbaux des séances du Divan de Valachie, cette lecture est peu intéressante : des discussions longues et pompeuses, des manifestations patriotiques traduites en un langage de 1848.

Un diplomate ayant à juger l'œuvre du Divan de Bucarest écrivait à cette époque à son gouvernement : et Les électeurs valaques ont envoyé au Divan de Bucarest un très grand nombre d'hommes d'une opinion très avancée, qui, expatriés depuis 1S48, venaient précisément, avec l'autorisation de la Porte, de rentrer dans le pays. Animés de bonnes intentions pour la plupart, mais sans aucune connaissance des afifaires, ils apportèrent plus de passion que d'expérience dans les délibérations du Divan, et ils contribuèrent notablement à décourager le petit nombre d'esprits qui eussent désiré donner un caractère pratique aux vœux de la Principauté. )• Cependant il fut une séance, celle du 21 octobre, qui produisit une grande émotion.

270 LES ROI'MAIXS.

M. Constantin Crezzoulesco, député des grands propriétaires du district de Braïla, avait proposé de voter avant tout sur les quatre points du programme national. La Commission chargée d'examiner cette proposition présenta son rapport concluant à l'adoption de la motion. Un député, M. Alexandre Floresco, après avoir adhéré aux principes proclamés par le rapporteur, opina que le !''■ article du programme national ne mettait pas assez en évidence le principe fondamental sur lequel repose l'existence politique des Principautés com.m.Q Etat possédant ses droits de souveraineté dans l'autonomie. A ces paroles, on vit se lever un député du milieu du groupe des paysans, c'était l'ancien prince régnant, le prince Stirbey. L'assemblée, prise d'une vive émotion, écouta en silence. L'ex-prince, d'une voix forte et autoritaire, déclara qu'il n'y avait pas lieu de modifier la rédaction du programme national. Il fit observer que les Capitulations constituaient le droit politique des Principautés ;

qu'elles ne pouvaient être l'objet d'aucune contestation, ni d'aucun doute, étant reconnues et consacrées par une suite non interrompue de traités, conventions, hatti-chérifs et autres actes publics, parmi lesquels le hatti-chérif de 1830 qui renferme textuellement la capitulation de 1460, à l'exception d'une seule clause, celle qui concerne le droit de guerre et de paix.

x\près ce discours, l'on procéda au vote, le programme du parti national fut adopté à l'unannnité.

En voici les termes :

I" Garantie de notre autonomie et de nos droits internationaux, tels qu'ils ressortent des capitulations des années 1393, 1460 et 15 13, conclues entre les pays roumains et la puissance suzeraine ; de plus, neutralité du territoire moldo-valaque.

2'^ Union de la Valachie et de la Moldavie en un seul Etat et sous un seul gouvernement.

3" Prince étranger héréditaire qui serait

choisi dans une dynastie régnante de l'Europe et dont les héritiers nés dans le pays seraient élevés dans la religion du pays.

4" Gouvernement représentatif en une seule assemblée générale, selon les anciens usages. Cette assemblée serait le produit électoral formé d'après un système assez large pour que les intérêts de toutes les classes de la société y fussent représentés.

Le i''' décembre, les deux Divans de Valachie et de Moldavie cessaient leurs travaux. Le prince Stirbev quittait la Valachie, et allait chercher à Nice, sous le ciel clément du pays d'azur, un repos exigé par son état de santé.

On trouvera, dans notre second volume, la double élection du prince Couza par les Divans au trône des deux Principautés-L^nies de Moldo-Valachie, son résine et sa chute.

Du fond de sa retraite de Nice, l'ex-prince de Valachie, le prince Stirbey ne cessait de s'occuper des affaires roumaines qui furent

l'intérêt principal de sa vie. Son attention toujours en éveil se portait sur toutes les questions qui touchaient à son pays. Le prince Stirbey appartenait à cette génération enthousiaste de l'hétairie grecque dont il avait été un des membres, génération dont le patriotisme élevé a fait l'étonnement et l'admiration de toute l'Europe.

Dans les papiers trouvés à Nice après la mort du Prince, on découvrit une correspondance très suivie avec plusieurs chefs des Cabinets européens. En 1864, à propos d'une proposition des puissances à l'effet de statuer définitivement au sujet des monastères dédiés, le prince Stirbey, qui avait lutté pendant de longues années pour faire triompher les droits des Roumains sur ces biens dédiés, écrit à M. Drouyn de Lhuys, ministre des Affaires étrangères de Napoléon III, pour lui manifester sa joie de voir cette grave question résolue en faveur de son pavs. Nous avons cru devoir reproduire cette lettre, car son auteur profite de l'occasion pour défendre

Page 1