‹ Les Roumains, tome premier. [Par] James CaterlyChapitre 47 sur 51 · I. — iS · texte numérisé non relu

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les droits de; la Roumanie menacés par une proposition faite en même temps à Constantinople par sir Henry Bulwer, ambassadeur d'Angleterre.

Monsieur Droiiyn de LJmys, Ministre des A f air es étrangères

Monsieur le Ministre,

Je viens de lire dans le Mémorial diplomatique du 17 janvier « qu'il s'agit de ratifier « par une commission internationale, comc( posée de jurisconsultes, la sécularisation (i des biens conventuels, prononcée par la c( Diète des Principautés roumaines, contre (( le paiement d'une indemnité équitable aux (( Etablissements religieux lésés par cette (( réforme. On se réserverait toutefois '( d'adresser une admonestation au prince <( Couza, pour lui faire sentir que, tout en (( consentant, dans l'intérêt du pays et dans c( un esprit de conciliation, à reconnaître le

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(( fait accompli, les puissances garantes tience nent à ne pas créer un précédent diplo- (( matique, à l'abri duquel il pourrait se (( croire autorisé à s'affranchir de tout conte cours, relativement aux mesures affectant (( les statuts organiques des Principautés c( établis par la Convention de Paris. )>

Justice enfin serait rendue au bon droit de ma Patrie, et c'est encore au Gouvernement de l'Empereur exclusivement qu'elle devrait cet immense bienfait.

Permettez, Monsieur le Ministre, à un vétéran de la cause roumaine, de venir vous en exprimer sa profonde reconnaissance et de vous donner en même temps l'assurance qu'il n'y a pas un seul de ses compatriotes qui ne partage au même degré ses sentiments.

Ce qui m'a péniblement impressionné, Monsieur le ^linistre, dans l'article précité, c'est le second chef des négociations proposé par sir Henrv Bulwer, et où il serait, entre autres, question «: de régler et de préciser les droits et les obligations du prince

de la Roumanie envers le Suzerain et vice versa. »

Votre Excellence me permettra de lui soumettre les appréhensions qu'une proposition de cette nature a dû réveiller dans mon esprit. Comment ! Monsieur le Ministre, tuie conférence se réunirait à Constantinople, pour établir les bases des rapports qui doivent exister entre les Principautés et la Sublime Porte !

Mais ces rapports ne sont-ils pas réglés et définis par les Capitulations conclues en 1600 entre Mahomet II et Vlade V, pour la Valachie, et en 15 13 entre le sultan Sélim et Bogdan pour la Moldavie ?

Ces capitulations qui ont été en tout temps la sauvegarde de la Nationalité roumaine, confirmée postérieurement par maints actes authentiques de la Porte, ont récemment reçu leur dernière consécration dans le Congrès de 1856, et ont été reconnues comme partie intégrante du droit public européen par la Convention de 1858.

Toucher à nos capitulations, sous le prétexte d'en définir le sens et d'y apporter des éclaircissements, ne serait qu'une manière détournée d'en affaiblir l'autorité et de leur porter une atteinte mortelle. Le but ne serait que celui d'invalider la Convention du 19 août 1858, et de préparer les moyens, en attendant l'occasion, pour démolir les droits de la Nationalité roumaine et traiter ensuite les Principautés- Unies en provinces turques.

La France s'y prêtera-t-elle ? Non : Dieu a assigné une haute mission à Napoléon III, celle de fonder le droit public sur les lois éternelles de l'équité, celle de soutenir le bon droit des faibles, et d'offrir un appui aux nationalités opprimées. Les peuples ont une foi inébranlable dans sa mission providentielle, et, dans leurs jours d'épreuves, ils portent leurs regards vers la France et, après Dieu, ils invoquent le nom de lEmpereur.

Pour ne citer que mon pays, que Votre Excellence me permette de lui rappeler la note, qu'étant alors ministre, comme aujour-

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d'hui, des Affaires étrangères, Elle fit remettre par monsieur de Bourqueney, en 1855, à la conférence de Vienne, et qui fut annexée au Protocole du 16 mars.

La question de la Nationalité roumaine, grâce à cette initiative, fut alors nettement posée, la diplomatie européenne en fut saisie et sa cause fit depuis du chemin. Voilà aujourd'hui les deux Principautés réunies en un seul Etat qui est gouverné par un seul chef et par un seul Code de lois.

Mais la pierre angulaire manque à l'édifice.

Aussi chancelle-t-il de tous côtés et menace-t-il ruine ; c'est le principe d'hérédité pour Tx^utorité suprême et le choix d'un prince pris dans une des familles régnantes de l'Europe ; c'est le vœu unanime qui a été formulé par les deux assemblées de Valachie et de Moldavie en 1857; c'est enfin une question de vie ou de mort pour la Roumanie, qui est placée aujourd'hui dans des conditions intenables, et qui n'aspire qu'à sortir de l'état d'anarchie qui la dévore et

qui la menace, s'il se prolonge, d'une dissolution sociale complète.

C'eût été de l'intérêt de la Porte de prendre l'initiative de cette mesure salutaire, ainsi que je l'observais à Fuad-Pacha pendant qu'il se trouvait en 1858 à Paris, mais quand la Porte a-t-elle jamais compris ses véritables intérêts? Elle avait jeté les Principautés, jusqu'en 1855, dans les bras de la Russie, et aujourd'hui, au lieu de se les attacher par les liens de la reconnaissance et des intérêts communs, et d'en faire le boulevard infranchissable de ses frontières du Nord, elle ne cherche qu'à se les aliéner par tous les moyens et à se les rendre hostiles.

Monsieur le Ministre, c'est vous qui avez, le premier, posé les bases de la restauration de ma patrie. Votre œuvre est déjà avancée, c'est le couronnement qui lui manque.

Il appartient encore à vous d'achever cette œuvre et d'attacher votre nom à la régénération d'une nation et à la création

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d'un Etat qui compte cinq millions d'habitants, qui peut en noumr pour le moins quatre fois autant, qui tient en ses mains les bouches du Danube, qui est bordé dans toute sa longueur par ce fleuve sur un parcours d'environ trois cents lieues depuis Orsowa ou les Portes de Fer jusqu'à son embouchure, et dont la population toute d'origine latine a été placée, comme par un dessein caché de la Providence, entre trois grands empires au milieu des races Slaves, Turcomanes et Germaines.

La faute capitale peut-être de Napoléon P'" a été de n'avoir pas reconstitué, ayant pu le faire, le royaume de Pologne dans ses anciennes et primitives limites ; l'équilibre de l'Europe serait aujourd'hui tout autre.

La reconstitution de la Roumanie est un objet digne de la haute sollicitude de l'Empereur et de sa mission providentielle. Ce ne sera peut-être pas l'équivalent de la Pologne, mais elle en tiendra lieu un jour, et la France pourra compter sur elle-même, sur une

nation qui lui devra son existence, et qui lui sera attachée par les liens d'une origine commune, par l'affinité de la langue et du caractère et par l'identité des intérêts.

Je ne parle ici que des deux Principautés de Valachie et Moldavie circonscrites dans leurs limites actuelles. Car toute la race roumaine compte quatre millions pour le moins dans le Banat de Temesvar, la Transylvanie, la Boucovine et la Bessarabie, toutes provinces détachées des Principautés roumaines à des époques plus ou moins rapprochées. Mais, chose étonnante, c'est que malgré cette séparation et ce morcellement, toutes ces populations, depuis le Dniester jusqu'à la Theys, qui forment les limites de l'ancienne Dacie, offrent à l'heure qu'il est, à l'œil de l'observateur attentif, le spectacle le plus curieux, celui d'une race compacte et homogène, parlant exactement le même idiome, professant une seule et même religion, conservant les mêmes airs nationaux, le même costume, reflétant les mêmes habitudes et les

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mêmes aspirations et conservant le sentiment de leur nationalité le plus profond.

Vous conviendrez, Monsieur le Ministre, que de toutes les idées de liberté et de communisme au nom desquelles les agitateurs ont soulevé les masses en 1848, le temps et la triste expérience en ont fait justice, il n'en reste aucune debout. Mais ce qui a surgi inopinément de ce mouvement général, c'est le sentiment profond des nationalités, sentiment qui n'est pas une idée abstraite, factice ; mais bien un besoin naturel, réel, ayant ses racines dans le cœur de l'homme, et qui, restant jusqu'ici à l'état latent et inaperçu a éclaté tout à coup avec une intensité et une universalité qui fera le trait caractéristique de la dernière moitié du dix-neuvième siècle.

En même temps que ce grand besoin social prenait naissance, la Providence appelait sur le premier trône de l'Europe Napoléon et lui confiait l'accomplissement de ses décrets.

Mais, je m'aperçois que par un entraîne-

ment involontaire j'abuse de moments aussi précieux que ceux de Votre Excellence.

Veuillez, Monsieur le Ministre, me juger avec indulgence, n'ayant plus aujourd'hui de qualité pour traiter des affaires de monpavs, et veuillez agréer l'hommage des sentiments que je vous ai voués.

Stirbey.

Nice, le 29 janvier 1864.

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