‹ Les Roumains, tome premier. [Par] James CaterlyChapitre 8 sur 51 · EMPIRE BULGARE · texte numérisé non relu

EMPIRE BULGARE

La contrée qui s'étend entre les Karpathes, le Danube et la mer Noire se romanisa très rapidement : tandis que l'on ne trouve nulle part de vestiges de la première civilisation du pays, nombreux au contraire sont les noms géographiques ou les ruines de monuments qui attestent l'influence exercée par les Romains; les noms de Séverine, de Karakal, les restes du pont de Trajan, la double et triple rangée de remparts construite par Trajan dans la Dobroucha, la ligne ininterrompue de monticules, de tumulus élevés à des distances régulières de 400 mètres environ, qui traverse tout le pays, les débris de chaussées que l'on remarque aujourd'hui en-

core, disent assez combien la domination romaine se fit profondément sentir.

Mais ces colonies qu'avait établies Trajan — avec quel succès, nous le savons — se trouvaient sur la route qu'allaient suivre les invasions barbares ; la situation qu'elles occupaient les exposait avant tout le reste du monde occidental à être battues par ce flot qui se déversa de l'Asie sur l'Europe. Les Goths furent les premiers envahisseurs qui profitèrent de la trouée du Danube, cet admirable chemin qui s'offrait à eux. Aussitôt Aurélien (vers 260) abandonna la Dacie.

Après les Goths, ce fut le tour des Huns et des Gépides.

Peu à peu les villes se dépeuplèrent, les Romains se retirèrent vers les montagnes et cherchèrent un refusée dans les forêts dont elles étaient couvertes. Ils se livrèrent à la vie nomade et à l'élevage des bestiaux. L'Olténie (pavs de l'Olto) ainsi que la Transvlvanie furent par excellence les pavs où la nationalité de ces Romains de Trajan se conserva

pure de tout mélange avec les envahisseurs asiatiques, et à l'heure actuelle encore c'est dans cette partie de la Roumanie que se retrouve le véritable type latin.

Vers la fin de v^' siècle les Romains furent rejoints dans leurs montagnes par des Slaves, Serbes et Polonais, qui venaient, eux aussi, y chercher un refuge. Une pénétration s'établit alors entre les Romains, qui avaient absorbé les Daces, et les Slaves. Comme les Romains, préoccupés seulement d'échapper aux invasions barbares, avaient perdu, dans la vie nomade qu'ils avaient menée, toutes les notions d'organisation politique, ce fut aux Slaves avec lesquels ils se trouvèrent en contact qu'ils les empruntèrent naturellement et avec eux fondèrent un empire.

La fondation en 679 du premier empire bulgare amena une fusion plus intime de l'élément romain et de l'élément slave. La domination de cet empire s'étendit des pays du sud du Danube où il était né, jusque sur la Dacie trajane.

« Le peuple Daco-Romain, dit un historien, finit par absorber l'élément slavon, et la nationalité roumaine se constitua définitivement. Cette constitution résulte de l'amalgame toujours plus intime des trois éléments principaux dont la nationalité roumaine se compose : le Dace, le Romain et le Slave, dont le second étouffa le premier, absorba le dernier et imprima au peuple roumain comme caractère ethnographique celui de la race latine. »

Cette influence bulgare se fit sentir dans la littérature, dans la législation et dans la religion. A la couche païenne de la civilisation primitive romaine se superposa un élément chrétien : la croyance dans les vieilles divinités est remplacée par le rite orthodoxe slave. La langue slave s'introduit partout et règne en maîtresse jusqu'aux xvi'' et xvir' siècles, qu'il s'agisse des manuscrits d'évangile, des actes judiciaires ou des annales nationales. La législation est en partie écrite, en partie non écrite : écrite,

elle prend le nom slave de « pravila y) et comporte des règles religieuses ; non écrite, elle se compose des lois civiles et sociales et reçoit le nom latin de <( légé )>. Beaucoup des prescriptions de la légé étaient marquées à l'empreinte de Byzance ; les Bulgares très civilisés, en effet, fréquentaient les écoles de Constantinople et en rapportaient le droit byzantin.

Cette culture slovène et bvzantine se développa pendant plus de deux siècles à la faveur de la tranquillité où vécurent Slaves et Roumains de 67S à 898. Les deux peuples intimement mêlés, grâce à des alliances contractées d'abord par les chefs souverains, puis par les nobles des deux pays, commençaient à redescendre vers la plaine, lorsque l'invasion des Hongrois, contournant les Karpathes par le nord, fut pour eux une nouvelle alerte. Les Roumains regagnèrent leurs montagnes. Ils y vécurent organisés suivant les principes politiques des Slovènes sous des voïvodes ou chefs de district et dès

kniases ou chefs de villages. Leur droit coutiimier réglait non seulement leurs relations privées, mais encore les obligations qu'ils étaient tenus de remplir vis-à-vis de leurs maîtres. Les Roumains achèvent ainsi la constitution de leur nationalité dans les montagnes qui leur servent d'abri.

Une fois armés pour la lutte, doués d'une vitalité suffisante, ils vont descendre vers la plaine et se diriger vers la Moldavie et la Valachie.

Ce sont les persécutions exercées par les Hongrois catholiques, depuis Etienne le Saint, contre les Roumains orthodoxes, qui déterminent en 1290 l'émigration de Radou le Noir et la création de la Valachie. Le pays va porter le nom de Mountenia ou pays des montagnes : cette qualification donnée à un pays de plaines ne peut s'expliquer que par l'origine des habitants qui le peuplent désormais et de la race desquels la montagneuse Olténia a été le berceau. En 1348 se fonde la Moldavie.

Les Slaves du nord et les Grecs du Bas- Empire, désignaient sous le nom de Wlack',ou Wolosk, tous les peuples d'origine Romaine. Les Turcs, les peuples voisins, et en dernier lieu la diplomatie européenne, distinguèrent sous le nom de <( Valachie » cette partie de la colonie Romaine bornée au Nord par le rempart naturel des Karpathes, et se terminant vers le sud au Danube, Ils appelèrent Moldavie, d'un fleuve appelée Moldava, toute la partie également Romaine, située au Nord- Est, commençant à la Bucovine et finissant au Pruth. Fait historique assez curieux, le mot ou le nom de Valaques n'a jamais eu de correspondant dans la langue du pavs.

I. M. René Pinon, qui a fait une étude très sérieuse et très documentée de la Macédoine et des pays du Bas Danube, donne au mot ]'dhi(jiics une tout autre origine. Le mot Valaque, écrit-il, c'est tout simplement le mot latin Villiciis ■ le Valaque c'est le vilain. Juscju'à l'épocjue de Justinien, toute la ]\Licédoine parlait latin. Les « Barbares » désignèrent par le mot villici, valaciues, ceux qui appartenaient à la société organisée, les paysans latins. De même en Moldavie et en Valachie, les Valaques, c'étaient aussi les latinisés; la Thessalie s'est appelée longtemps Grande Valachie. Les Roumains sont des Daces parlant latin.

La colonie Romaine s'étendait cependant au delà de ces deux provinces. Elle occupait en plus la moitié méridionale de la partie appelée aujourd'hui la Bucovine, une partie de la Transylvanie, qu'elle distinguait sous le nom de " Ardeal ", puis une partie des frontières de la Bessarabie. Sur la rive droite du Danube, elle avait pénétré en Macédoine, en Albanie et en Thessalie. Les historiens et les auteurs ont désigné sous le nom de <( Daco- Romains )> les Latins fixés sur la rive gauche, et sous le nom de <( Coutzo-Vlaques >> ceux qui avaient pris pied sur la rive droite du Danube.

Tout le sol de ces contrées était d'une remarquable fertilité, non seulement dans les parties montagneuses, mais encore et surtout dans les plaines. Arrosé par plusieurs rivières, qui coulent presque parallèlement du Nord au vSud, et qui descendent des Karpathes : l'Olto, le Giou, l'Argesch, le Sereth, le sol présente une couche d'humus d'une grande profondeur et d'une puissante fertilité.

Les premiers qui convoitèrent cette riche contrée furent les Turcs. Des luttes acharnées furent soutenues par les Roumains pour assurer leur existence. Finalement des capitulations furent conclues entre la Valachie et l'empire Ottoman en 1393. Le Sultan dut se contenter d'un faible tribut de 300 piastres turques en qualité de Suzerain.

Nous donnons ici le texte du traité qui fut conclu entre Mircea et Bayazed ; et nous attirons l'attention sur les titres reconnus par le Sultan Ottoman au Prince Roumain Mircea.

Traite conclu entre Mircea, Prince de Valachie, et le sultan Bajazed /", surnomme la Foudre de Dieu, l'an i3g3, de J.-C.\

I. Par notre grande clémence, nous consentons que la Principauté nouvellement soumise par notre force invincible, se gouverne d'après ses propres lois, et que le prince de Valachie ait le droit de faire la guerre et la paix, et celui de vie et de mort sur ses sujets.

II. Tous les chrétiens qui a3'ant embrassé la religion de Mahomet passeraient ensuite des contrées soumises

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