‹ Les routesChapitre 15 sur 37 · STAMBOUL ET SA LO M QUE Q · texte numérisé non relu

STAMBOUL ET SA LO M QUE Q

poignée d'Albanais que les conquérants ont asservi l'Orient. Abdul-Hamid n'a pu se maintenir trente-trois ans que par la fidélité largement payée <Je sa garde albanaise. Tous les calculs que l'on fait sur les partages futurs des territoires compris entre l'Adriatique et la mer Egée doivent être subordonnés à celle interrogation : Qui saura le mieux s'attacher les invincibles enfants de la montagne albanaise ? Là où sera l'Albanais, là sera la victoire.

I )n peut doue présumer qu'au moment où paraîtront ces lignes, les généraux d'Andrinople et de Salonique seront déjà entrés ou à la veille d'entrer sans coup férir dans Stamboul. Tandis (piils franchissent Edirné-Kapou, la porte qui donne sur les ombreux cimetières chrétiens, les plus résolus contournent la Corne d'orel les Eaux-Douces, piquent droit surYildiz. Le tragique habitant de ce palais n'a plus d'autre garde qu'une légion de fantômes : spectres des milliers d'Arméniens égorgés à son instigation, revenants qui appellent Içs justiciers, pour régler enfin leur compte imprescriptible. Comment? Avec le vieux lacet P avec le bateau moderne qui conduira ce malheureux vers un exil doré et le laissera à Bes remords? l'eu importe: Bientôt, sans doute, les canon- des cuirass salueront un autre Padischah, une ombre de khalife, vieillie dans L'étouffèmenl de la prison perpétuelle, séparée depuis l'enfance de la

société des hommes. Cette ombre falote contresignera les iradés dictés par les triomphateurs, par les maîtres provisoires et absolus de Gonstantinople.

Et après? Le comité « Union et Progrès », véritable comité de salut public, va de nouveau gouverner seul, sur ses rivaux écrasés — comme aux premiers jours de son premier triomphe, avant que les divisions inévitables l'eussent affaibli et discrédité. Le Parlement? Je crains qu'aux bords du Bosphore on ne puisse plus prononcer ce grand mot sans sourire. Le Parlement turc a fait depuis quelques jours la figure habituelle à ces assemblées quand les crosses des fusils frappent à leur porte. Un caporal de chasseurs ayant amené sur l'At-Meïdan des camarades, le président a disparu par une porte dérobée. Il ne s'est pas trouvé un brave Dupuy pour dire : « La séance continue. » Il ne s'est même pas trouvé un orateur pour singer Démosthène, effet littéraire bien tentant, on en conviendra, et pour s'écrier, alors que les bataillons de Macédoine arrivaient à Tschataldja : a Vous discutez, et le Macédonien est à nos portes! » Jouet tour à tour des deux factions militaires, le Parlement a eu d'abord de bonnes paroles pour le caporal ; puis il a délibéré d'aller se mettre sous la protection des baïonnettes qui grandissaient à l'horizon de San- Stefano ; on ne sait encore ce qu'il a résolu.

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