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SOIR D' ÉLÉPHANT IN E

guerrier, gravé par la pointe d'une baïonnette, va périr : le trophée de la science demeurera, Indestructible, sur le haut piédestal où il défie l'injure des hommes et des éléments.

Elle est belle et consolante, la leçon du mur de Philœ : promesse faite par les grands aînés, précurseurs de l'égyptologie, aux dignes héritiers qui continuent la glorieuse lignée des Ghampollion, des Mariette. Pour comprendre quelle sympathie et quelle fierté ils inspirent à leurs compatriotes, il faut les avoir vus sur le théâtre de leurs conquêtes, tout le long du Nil ; il faut s'être assis dans les campements sonv maires où ces vaillantes sentinelles, isolées, parfois perdues dans le désert, déploient leurs qualités d'initiative. Plus remarquables encore parleur endurance et leur universel savoir-faire que par le savoir professionnel, ils imposent partout la séduction de leur énergie, de leur bonne humeur, de ce joyeux entrain de France que nulle épreuve n'abat.

Tel M. Gautier, jeté ici en grand 'garde. Tel mon brave ami Legrain, celui dont je par lais l'an dernier à nos Lecteurs : je viens de le retrouvera Karnak, achevant de réédifiersea temples. Tel Clédat, qui va tenter d'arracher au désert où fut Péluse quelques uns de aes secrets. D'autres gardent au musée <lu Caire

le bUtill rapporté par leurs eaniarade>. Le gêné rai Maspéro remonte et redescend le Heine.

visite les postes, éclaire ses disciples de sa science et les anime de son activité.

Faisons-leur à tous un peu de cette « réclame » prodiguée sur le boulevard au moindre vaudevilliste,' et dont ils ne se soucient guère. La foule les ignore ;elle comprend difficilement la noble passion où l'archéologue puise son courage et trouve son bonheur. La foule ne connaît qu'à la longue les grands résultats d'un travail qui nous restitue les archives perdues de l'humanité. Il faut quelque coup d'éclat pour qu'elle entrevoie un instant la beauté, l'utilité de ce travail. Ici, du moins, en Egypte, le plus profane des voyageurs se persuade vite d'une vérité qui touche chacun de nous; il a oit de quel bénéfice moral, de quel relèvement de prestige la France est redevable à ses bons serviteurs. Dans le pays où nos politiciens infirmes ont laissé prescrire les droits séculaires de la nation qui avait le plus et le mieux labouré ce jardin du monde, nos savants maintiennent et accroissent un empire spirituel ; ils poursuivent à leur manière la geste française, ils achèvent la seule conquête qui nous soit désormais permise.

C'est justice de les en remercier. Je l'ai senti une fois de plus, cette nuit, devant le silencieux paysage de rêve où le vide du présent laissait plus libres les évocations dupasse, devant le spectre d'Eléphantine, chargée de 'siècles, dévoreuse de peuples, saturée d'histoire. Dans

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ce décor immuable de la vallée du Nil les aspects de la terre et du ciel semblent fixés, comme les saisons et les coutumes, pour l'éternelle durée ; et pourtant, que de gens et de choses j'y ai vus passer, changer, pendant les pauvres instants d'une vie humaine où il m'a été donné de le connaître. Mes yeux rêve liaient toujours au seul signe de vie dans la mort ambiante, à l'unique lumière de la petite maison blanche : à cette lampe du savant français, phare qui éclairait la nuit des histoires abolies ; commelïnscriptioncommémorative des savants de l'an VII à Phila?, elle dominait les eaux du lleuve mystérieux, elle témoignait de ces hauts faits de l'esprit par quoi nous vivrons peut-être dans l'histoire future.

2 Mars 1909.

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