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PREFACE \I

monde. Il y était toul entier aussi par la pensée déjà singulièrement réfléchie chez un être aussi jeune — il avait à peine vingt-cinq ans — par le coup d'oeil philosophique jeté sur les choses et l'histoire du monde, par je ne sais quoi d'ardent et de désenchanté à la fois, qui, tout en mesurant le néant de la vie s'intéressait cependant avec passion à ses manifestations diverses. Ces études révélaient, en outre chez leur auteur une solide culture intellectuelle el des lectures abondantes, des connaissances générales allant presque jusqu'à l'érudition, une égale familiarité avec l'antiquité classique et la littérature moderne, avec Homère et Chateaubriand.

Chateaubriand ! Lorsqu'un voyageur vous invite à le suivre en Orient, lorsqu'il vous conduit en Terre Sainte, à Jérusalem, au Mont Carmel, il s'expose par cela seul el sans \ prétendre à une comparaison redoutable. Du premier coup, chacun la fil, car tout y invitai!. Vogué soutint la comparaison sans désavantage. Chateaubriand aurait-il en effel senti autrement, el mieux dit lorsqu'après avoir visité par une belle nuit claire, l'emplacement de la <( divine o Bvblos où l'on ne découvre

XII LES UOUTES

même plus des ruines, Yogiïé rappelle la malédiction du prophète Juif : J'exterminerai jusqu'à sa poussière : Radam pulverem ejas de eâ, et lorsqu'il ajoute : « Je regarde autour de moi et dans le silence et la solitude, sous les débris accumulés par d'autres races, je ne retrouve même pas en vérité, un peu de la poussière de ces âges merveilleux. Seule, la vague obstinée revient mourir à sa place ancienne : seule, la lune poursuit sa route immuable, propice et compatissante aux souvenirs du passé. Où sont ces races bruyantes et disparues ? Ces choses qui ne pensent pas et qui restent, la mer, les astres, les montagnes sont donc plus fortes que nous qui pensons et passons. »

Aux réflexions que lui inspirent les aspects uniformes de la nature et les spectacles variés de la vie ne donne-t-il pas même une forme moins achevée peut-être que Chateaubriand mais plus simple et qu'on sent plus sincère. Ainsi, après le récit d'une nuit passée dans une cellule au Mont Carmel, à regarder la mer à travers les grilles de la fenêtre, il ajoute : t< L'infini, vu à travers les barreaux d'une prison, n'est-ce pas là toute notre vie » C'est qu'en effet, durant toute sa vie, son

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