CEI X DE BIR-TA0U1L
capitale actuelle du Ouadaï, autant que ce mot peut avoir un sens dans un pays amorphe et anarchique ; une ville de deux mille habitants et de sept kilomètres de tour, bien défendue par des murailles de terre battue. Doudmourrah en avait fait un camp retranché où il emmagasinait son butin et d'où son armée rayonnait sur tout le Soudan oriental. Le ier juin, cette armée de 4,5oo hommes, bien pourvue de fusils modernes, alla offrir la bataille au faible contingent français : Fiegenschuh n'avait avec lui que 200 tirailleurs et 3o artilleurs noirs, 2 pièces de montagne, plus les partisans peu sûrs du sultan Acyl, le prétendant que nous protégeons et opposons à Doudmourrah. Le capitaine força ses nombreux adversaires à battre en retraite ; mais grièvement blessé par une balle qui lui traversa la gorge, il dut remettre le commandement au lieutenant Bourreau.
Le lendemain 2 juin, Bourreau somma la ville de se rendre et > envoya deux obus à la mélinite : c'en fut assez pour semer la panique dans Abécher. Doudmourrah s'enfuit vers le nord, chez ses protecteurs les Senouissiya, avec son trésor, ses femmes et ses fidèles. A peine eut-il tourné les talons que les Oua daïens firent Leur soumission, livrèrent 3, 000 fusils, dont i,5oo à tir rapide, six pièces de canon, d'énormes approvisionnements de car
touches, un convoi de i5o esclaves en partance pour Bengazi. Le soir, notre drapeau flottait sur la capitale du Ouadaï, Bourreau s'y installait et faisait accepter sans autre résistance une autorité que rien n'a menacée depuis lors.
Nos officiers n'en revenaient pas du prodigieux succès de leur coup d'audace. Pour retrouver le pareil, il faut remonter à la conquête de Hanoï et du Tonkin par Francis Garnier et sa poignée de marins. En 1873, toute la France tressaillit devant l'éclair de fortune qui rendait courage aux cœurs brisés ; elle acclama l'héroïque folie de Garnier : il a sa statue aux bords du Fleuve-Rouge. C'est à peine si la prise d'Abécher, tout aussi merveilleuse, a été connue du public, glorifiée ailleurs que dans nos parlotes coloniales ; soit que les exploits répétés de nos pionniers africains aient lassé notre admiration, soit que les Français d'aujourd'hui diffèrent sensiblement de ceux de 1873, et qu'une patiente propagande ait dressé beaucoup d'entre eux à tenir ces beaux faits d'armes pour choses négligeables.
Gomme pour achever la similitude avec la conquête du Tonkin, nous avons eu sept mois plus tard, notre Lang-Son au Ouadaï. Les officiers chargés d'organiser le pays étendent prudemment leur cercle d'action, pacifient les populations qui acceptent volontiers notre tutelle, donnent la chasse aux séides de l'ex-