MU-.FACE XXXIX
mirage de l'action l'attira, et ce n'est pas moi qui L'en blâmerai, bien que la pensée -mi'i la l'orme supérieure de l'action, et qu'il fut de ceux qui peuvent se proposer d'agir par la pensée. Je crois aussi qu'il ne fut pas insensible à l'honneur de voir ain>i revenir au devant de lui les représentants du pays qu'il avait dû abandonner et d'\ reconquérir par sa plume la situation que ses ancêtres et lui-même y avaient autrefois occupée. Son élection fut triomphante, mais l'accueil qu'il reçut dans le monde politique fut indigne de lui. La secte étroite qui, alors comme aujourd'hui, gouvernait la France, vit arriver avec méfiance ce gentilhomme authentique qui déclarait se rallier à la République, et lui montra un visage hostile. A lui qui s'était présenté fièrement sans solliciter L'appui, sans accepter l'étiquette d'aucun parti, la Chambre fit l'a liront qui pouvait être le plus sensible ; elle l'accusa d'avoir été candidat officiel et soumit son élection à une empiète. Jusqu'à la fin de cette empiète, >on nom
fut, à chaque scrutin, accouplé à celui de je
ne sais quel politicien d'aventure comme
n ayant pas le droit <le prendre pari au vote. Quand il fui définitivement admis, il ne réussit pas à se tailler une place propor-
XL LES UOUTES
tionnée à son mérite. Chose singulière ! En conversation il était par-dessus tout éloquent. A la tribune, dans les rares occasions où il l'occupa, cette éloquence ne lui faisait pas précisément défaut, mais elle passait pardessus la tète de ses auditeurs. Sa pensée et son langage, parfois un peu obscurs, semblaient faits pour un autre public. En même temps il s'épuisait à rendre service aux gens de son pays d'origine qui lui avaient témoigné une confiance dont il était touché, ou à donner par lettres à quelques-uns d'entre eux les raisons de son attitude ou de ses votes dont, au fond, ceux-ci se souciaient assez peu. Gomme il continuait en même temps à écrire de brillants articles, ce double métier de député et d'écrivain l'épuisa et il finit par s'en lasser. Il eut le sentiment très juste que du moment ou le Parlement ne le grandissait pas, il finirait par s'y dimi nuer, et il résolut de ne pas se représenter aux élections de 1899. Il prit congé de ses électeurs par une lettre où il les appelait de chers bourreaux au service desquels ses cheveux avaient blanchi. Sa retraite fit quelque bruit. « Vogué est sorti de la politique en faisan! claquer les portes », dit spirituellement Becque, et, en effet, il publia vers ce