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PREFACE XLI

moment quelques articles on se trahissait, avec un juste dégoût des parlementaires, un mépris un peu excessif des institutions constitutionnelles. Il n'est jamais revenu de ce mépris. Sçmvenj depuis lors on rencontre sous sa plume un appel sinon au soldat du moins à l'homme supérieur qui remettrait d'autorité la France sur pied, sans s'inquiéter îles lois el il affirmait, la venue prochaine de cet homme en s'appuyant sur la théorie, contestable même en histoire naturelle-, d'après laquelle « le besoin née l'organe ». En attendant, il se remit au travail et à l'étonnement général, son souple talent prit une nouvelle forme.

Sainte-Beuve a éeril dans une phrase rythmée que Musset a enchâssée dan- ses vers :

Il existe, en un mot, chez les trois quarts deshommes I ii poète mort jeune à qui l'homme survit.

Nul doute qu'il n'ait existé un poète en Vogué. La phrase était chez lui trop naturellement cadencée, el caressante à

LES KOUTES

l'oreille pour qu'il lui fût difficile de donner à cette phrase la mesure du vers. Je ne serais pas étonné qu'il se tut livré en ce genre à certaines tentatives que trahissent un très joli sonnet dans le Testament de Silvanus et quelques vers semés par-ci par-là dans son œuvre. Mais le mot poète peut s'étendre en un autre sens, et plus large : celui-là est un poète aussi que l'imagination inspire, qui a la faculté créatrice, qui sait faire vivre et parler des êtres, traduire leurs sentiments et leurs passions dans une langue imagée et harmonieuse, cette langue futelle de la prose. Ce poète-là s'appelle parfois un romancier ; le romancier avait survécu chez Vogué, et, inopinément, il se révéla avec éclat.

Je crois qu'il n'y a guère d'exemple dans l'histoire littéraire qu'un homme adonné jusqu'alors à la critique ou à la politique se soit mis, à cinquante ans, à écrire des romans sauf peut-être l'auteur d'Adolphe et encore celui de Dominique. Mais Adolphe et Dominique, œuvres uniques dans la vie de leurs auteurs, sont l'un et l'autre plutôt des confessions que des romans. Ce sont bien au contraire des romans que Jean d'Agrève, les Morts

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qui parlent, le Maître de la Mer, que Vogué publia entre 1897 et 1900 et dont chacun correspond à une phase différente de sa vie intellectuelle et morale. Par ces trois œuvres successives, Vogué se révélai! non seulemenl romancier mais romancier varié et fécond.

Jean d'Agrève esl un poème d'amour en quatre chants : aube, midi, soir, nuit. On croil y entendre retentir comme un dernier écho de George Sand, et parfois on pense à Lelia. Avec un peu d'inexpérience dont jamais il ne «levai! se défaire complètement dans la façon de taire mouvoir les personnages et de conduire les événements, Vogué prèle à L'homme ci à la femme qui sont les héros du drame un langage passionné jusqu'à l'exaltation et dont on étail un peu déshabitué. « L'amour, a dit Mérimée, est un plat que le» générations accommodenl tous les vingt ans à une sauce nouvelle ». La sauce à laquelle les naturalistes, depuis vingl ans accoutumaient nos palais avait un autre piment : mais les délicats ne s'en étaient jamais accommodés el ils surent gréa Vogué de ne pas s'en être servi. Ils lui surent gré aussi d'avoir entrecoupé ce duo par des descriptions admirables. Ce

que Fromentin fut pour le Sahel et le Saharah Vogué l'avait été pour la steppe russe. Il le fut encore pour ces îles de la Méditerranée si bien nommées les lies d'or, et pour cette Côte d'Azur où sont venus souvent chercher un abri les moines d'autrefois et les amants d'aujourd'hui. Jamais elles n'avaient rencontré un pareil peintre. Elles ne le retrouveront jamais.

Les Morts qui parlent sont une œuvre d'un genre tout différent. C'est une satire un peu âpre et un tableau poussé au noir de ce monde parlementaire dont Vogué avait gardé un assez mauvais souvenir. L'amour du député Elzéar Bayonne pour la princesse russe Daria Veraguine, celui de l'officier soudanais Pierre Andarran pour sa cousine Marie, n'y tiennent qu'une place secondaire. Tout l'intérêt du roman est dans les déceptions successives du nouveau député Jacques Andarran — on pourrait sans être indiscret lui donner son vrai nom — qui, durant sa campagne électorale, « se persuadait luimême en développant son idéal d'une république purifiée, réformée, tolérante, respectueuse de tous les droits et de toutes les consciences, maternelle à tous ses fils au dedans, fière au dehors et formidable à tous ses enne-

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