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PREFACE XI. VU

des uns s'élèvant des profondeurs de notre histoire et ayant, à cause de cela, quelque peu perdu de leur force, les autres faisant plus de bruit, sans qu'elles soient peut-èhe les plus nombreuses. Ce roman, un peu désenchanté, s'achève cependant sur un cri d'espoir. « Ce sont nos plus vieux morts qui chantent, s'écrie Andarran, enentendant une fanfare militaire, les vrais, toujours vivants. Ceux-là nous referont de la vie ! » Le Maître de la mer est encore d'une inspiration toute différente. Le héros de ce nouveau roman est un Américain, multimillionnaire qui a conçu l'audacieuse pensée de se rendre maître non seulement de l'Océan, mais du Pacifique, de la Méditerranée, de toutes les mers, en fondant dans un gigantesque trust toutes les compagnies de navigation dont les vaisseaux sillonnent les eaux du globe. En lui s'incarne cette puissance nouvelle avec laquelle le vieux monde doit désormais compter : L'argent. L'argent lui a déjà permis <le s'emparer «le la mer. Il rêve de mettre la main, du droit de la même force, sur des terres nouvelles où (le hardis soldats viennent, au centre de l'Afrique, de planter le drapeau français, et qu'un gouvernement timide n'ose

pas mettre en valeur. Mais cet homme du nouveau monde et de l'avenir trouve un obstacle en un homme de l'ancien et du passé que Vogué a fièrement campé, en face de lui, unvaillant officier issu d'une lignée de gentilshommes pauvres en qui s'incarne au contraire l'esprit chevaleresque qui entraînait ses ancêtres aux croisades ou leur inspirait les sacrifices de la nuit du 4 août, esclave de l'honneur, de la discipline, du devoir et par dessus tout dédaigneux de cet argent à la conquête duquel l'homme du nouveau monde semble avoir consacré sa vie. « Ces deux hommes personnifiaient, dit Vogué, le duel tragique de deux races, de deux mentalités. Tous deux brûlaient de conquérir ce globe par des voies et pour des fins différentes : l'un par son or, pour en amasser davantage, l'autre par son épée, pour y planter un drapeau et s'exalter aux anciens rêves de grandeur que lui rappelait cet emblème. » Ge duel devient plus tragique encore lorsqu'entre en scène une femme dont tous deux se disputent l'enjeu car Vogué me semble avoir voulu développer aussi dans ce roman un de ses thèmes favoris, que, dans le précédent, il n'avait fait qu'indiquer :

PRLF.M.I. XLIX

l'éternelle faiblesse de l'homme en amour et le pouvoir dominateur de la femme.

Les péripéties de ce double duel font tout le roman, mais cette dernière œuvre, qui est sa meilleure en ce genre, trahit encore chez Vogué une préoccupation nouvelle qu'il me faut signaler, puisque j'ai entrepris de retracer, en quelque sorte, sa biographie intellectuelle et l'histoire de son esprit.

Bien que Vogue fut de quelques années plus jeune que moi, nous appartenions tous les deux à la génération dont la vie a été coupée en deux par Y Année terrible el qui dateront toujours leurs souvenirs d'avant ou d'après la guerre. Longtemps cette génération est demeurée, suivant une expression tristement juste, hypnotisée devant la trouée des Vosges et elle a caressé l'espoir qu'un jour viendrait où cette trouée servirai! de passage à l'armée de la France, où les provinces ravies seraient reconquises, el l'affront fait à l'orgueil national vengé par la victoire. Puis, peu à peu et à mesure qu'elle s'apercevail que Les générations nouvelles devenaienl indifférentes à ><>n rêve, une nouvelle coupure s'est opéréejdans celle génération. Les uns sont demeurés ob>ti-

nément fidèles sinon au rêve du moins au regret et ils ont toujours quelque peine à comprendre que la France ait exilé ses espoirs, et ses ambitions dans des régions lointaines. Les autres, au contraire, ont fait le sacrifice complet et ils ont suivi les générations nouvelles, ils les ont même guidées dans ces régions où les entraînait un autre rêve, celui de l'expansion coloniale. Vogué fut un des premiers à s'éprendre de ce nouveau rêve. 11 devint un colonial passionné ; le succès des expéditions audacieuses conduites par nos officiers dans l'Afrique centrale fit naitre en lui la fierté d'une plus grande France, et, dans cet empire conquis par la civilisation sur la barbarie, il entrevit un réservoir inépuissable, non seulement de troupes nouvelles, mais d'officiers capables de commander, parmi lesquels apparaîtrait peut-être un jour le sauveur attendu. Cependant il demeura toujours respectueux du rêve ancien qu'il avait partagé. Le conflit de sentiments entre les deux générations a été rendu par lui dans un dialogue admirable, entre le jeune officier Tounoël et un vieux général, l'un traduisant les ardeurs, les ambitions de l'armée nouvelle, l'autre les

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