‹ Les routesChapitre 9 sur 37 · PREFACE LI · texte numérisé non relu

PREFACE LI

mécomptes et la tristesse résignée de l'ancienne. Vogué a écrit peu de pages aussi belles que ce dialogue ; c'est qu'on sent qu'il y a mis toute son âme, tous ses regrets et tous ses espoirs.

Après ce grand effort Vogué semble avoir voulu se reposer quelque temps ; non pas qu'il eut mis de côté sa plume — pour ceux qui ont pris, comme il l'avait fait, l'habitude d'être en communication fréquente avec le public, cesser totalement d'écrire serait presqu'aussi impossible que pour d'autres cesser de penser — mais il n'entreprit de se consacrer à aucune œuvre de longue haleine. Un quatrième roman qu'il avait promis, Claire, ne fut pas poussé jusqu'au bout. 11 avait bien gagné ce repos par plus de vingt années de labeur ininterrompu, à chacune desquelles correspond en quelque sorte un volume. Même pendant qu'il écrivait ses romans, il n'avait pas cessé de publier des articles brillants, comme il eut tiré des fusées. Parmi ces articles furent spécialement remarqués ceux

où il célébra la renaissance latine en exaltant d'Annunzio et où il prit la défense de Fogazzaro. L'esprit demeurait toujours en mouvement, si la plume semblait devenue un peu paresseuse. Il goûtait ce repos dans la vieille maison de la rue de Varennes où il s'était installé depuis quelques années. Cet hôtel aristocratique, avec son paisible jardin, terminé par une allée droite à la française, plaisait à son imagination et à ses goûts instinctifs. L'homme du passé revivait en lui. Il avait cependant formé le projet d'y recevoir, le dimanche, quelques amis de lettres et en particulier des amis jeunes,' comme faisait autrefois Gaston Paris avec lequel il avait été intimement lié. Plus d'un parmi ces jeunes gens auxquels il était venu en aide de plus d'une manière aurait eu ainsi l'occasion de lui témoigner sa reconnaissance. Les soins dus à une santé qui lui était chère lui avaient fait ajourner ce dessein, mais il aimait qu'on vint le voir dans cet hôtel et il s'y plaisait à de longues causeries. Il serait puéril de croire que ce cadre nouveau où il s'enfermait, car il ne sortait plus que rarement, ait exercé quelqu'influence sur sa pensée. Il semble cependant qu'en présence de vieux portraits en

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