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de dignités, à la condition que cet ancêtre ne revint pas tronl)lcr ses héritiers dans le partage des bénéfices qu'il leur avait procurés.
J'ai connu près de Nigra cet étrange déplacement des perspectives qui s'opérait autour de sa personne. Le hasard m'a fait vivre dans son intimité à une époque où tout autre que lui m'eût paru, dans la grâce et la vigueur de sa belle jeunesse persistante, un aîné à peine distant de ma propre jeunesse. Mais la Guerre avait déjà dressé ce grand mur qui séparait deux mondes, deux siècles ; déjà, il y a trente ans, je voyais le jeune ambassadeur d'Italie à Pétersbourg comme le voient aujourd'hui nos enfants: témoin prestigieux de choses abolies, lourd du poids d'un nom que mon enfance avait entendu sonner, qu'elle associait aux grands événements d'un cycle révolu.
11 s'efforçait pourtant de faire oublier cet âge fictif que lui donnait l'histoire ; il jouissait délicieusement de son savoureux automne russe. La société de Pétersbourg, toujours prompte à l'adoption de la dernière mode française, faisait grand accueil à l'Italien qui avait conquis ce Paris d'où il arrivait avec une renommée de génie politique et de galanterie. Causeur intéressant, il n'éblouissait point par des fusées de verve ; mais l'attention était vite subjuguée par cette parole mesurée, pleine de faits.
grave jusque daus l'eiijoueiiieiil, très persuasive avec sou acceut de chaleur conteuue. Les fouiiues demeuraient suspendues à ses lèvres. Leur plaire fut toujours une des principales alïaires de cet homme passionné sous un masque froid. Il se livrait au vent de faveur qui le portait, il mettait sa coquetterie, encore vivace alors, à captiver tous les esprits et quelques creurs.
Quand la saison d'été dispersait son auditoire des salons pétersbourgeois, il venait d'habitude se reposer quelques semaines en Ukraine, au foyer familial où nous nous faisions une joie de le retenir. C'est là qu'il me fut permis de le bien connaître. Chasseur intrépide, il aimait la sauvagerie giboyeuse de nos marais petits-russiens. Chaque matin la liniéïka — la longue charrette basse, faite d'une planche posée sur deux essieux étroits, ?i ras de terre — nous emportait à travers champs, aux criques du Psiol, aux ajoncs de Baraveinko. Que de journées j'ai passées à l'écouter, tandis qu'il commentait, en guettant le halbran et la double bécassine, quelques pages des Mémoires où il consignait ses souvenirs ! De quelle lumière il éclairait, entre autres épisodes tragiques, la crise de 1866, ces conseils où l'Empereur et ses ministres, désireux de porter sur le Rhin le poids militaire qui inclinerait à leur gré l'un ou l'autre plateau de